Cameroun/Crise anglophone : Analyse de la suspension d’International Crisis Group

Dossier spécial
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Analyse faite par GEORGES DOUGUELI. Journaliste spécialisé sur l'Afrique subsaharienne, il s’occupe particulièrement d’Afrique centrale, de l’Union africaine et de la diversité en France. Il se passionne pour les Grands reportages et les coulisses de la politique.

 

Le gouvernement camerounais a annoncé la suspension d’International Crisis Group, suite à la publication d’un rapport titré « Cameroun : l’aggravation de la crise anglophone requiert des mesures fortes ». Une mesure qui risque de marginaliser le pays sur la scène internationale.

Après les dénégations, la sanction. Le gouvernement camerounais a décidé de suspendre l’ONG de toute activité sur l’étendue de son territoire. Pour expliquer cette décision, le ministre de la Communication, Issa Tchiroma n’a pas été tendre : « Nous avons affaire à une véritable officine de déstabilisation, à la solde des mouvements sécessionnistes et des intérêts inavoués qui ne rêvent que d’installer le chaos dans notre pays »

La raison de ce courroux est un rapport publié le 19 octobre 2017 dernier dans lequel l’ONG estime que, faute d’une « réaction urgente » des responsables politiques, il existe un risque de voir la crise anglophone dégénérer en « insurrection armée ».

 « Le Cameroun aurait pu privilégier la démonstration à l’imprécation »

Au regard de la teneur du rapport, la réaction du gouvernement, aux accents de réquisitoire, nous semble d’une étonnante virulence. Certes, ICG, pas plus que les autres acteurs de la société civile internationale, ne sont des vaches sacrées. Mais pour adresser son message de fermeté, le Cameroun aurait pu privilégier la démonstration à l’imprécation.

Pour justifier relégation de cette organisation au purgatoire de la semi-clandestinité, il vaut mieux exposer des faits étayés plutôt que d’évasives allégations de connivence avec la nébuleuse sécessionniste. Surtout lorsque l’on vise une ONG financée à 40% par des « amis » du Cameroun – à l’instar des gouvernements allemand, canadien, suisse, finlandais – et dont le conseil d’administration fait siéger des personnalités au-dessus de tout soupçon de « déstabilisation », comme le milliardaire anglo-soudanais Mo Ibrahim  ou de l’ex-présidente de la confédération suisse, Micheline Calmy-Rey…

Exercice de communication intérieure et stratégie du déni

Ne soyons pas naïfs. Taper comme des sourds sur ICG et, dans un passé récent, sur Amnesty International et sur Freedom House , est avant tout un exercice de communication destiné à la consommation intérieure. Signe que la stratégie du déni, qui avait pour mots-clés « Il n’existe pas de problème anglophone », structure encore la communication gouvernementale.

Reste que les Camerounais n’ont pas attendu le rapport d’ICG pour prendre la mesure de la gravité des troubles. Photos, vidéos et écrits sont quotidiennement échangés via les réseaux sociaux....lire la suite ici

Rapport ICG sur l'aggravation de la crise anglophone au Cameroun