Cameroun: Le fédéralisme est-il une forme de sécession?

Politique
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Le fédéralisme s’entend comme ce système politique dans lequel un État fédéral partage les compétences constitutionnelles avec les États membres souverains dans leurs propres domaines de compétence. À la lumière de cette définition, le fédéralisme met en avant un État fédéral appelé Super État,  siège des institutions et des États fédérés. Ainsi, comme exemple de fédéralisme dans le monde nous avons les États-Unis d’Amérique, le Nigeria, le Canada.

Le Cameroun pays de l’Afrique Centrale de par son passé historique a  une relation particulière avec le fédéralisme du fait de la colonisation. Ainsi l’on a eu le Cameroun Occidental (Anglophone) et le Cameroun Oriental (Francophone). À l’issue d’un référendum d’autodétermination, la réunification des deux « Kamerun » fait donc de celui-ci un État unitaire. De plus, la révision constitutionnelle du 18 janvier 1996 vient consolider cette position avec l’article 1er al2 qui stipule que la République du Cameroun est un État unitaire décentralisé, elle est une et indivisible, laïque, démocratique et sociale.

Sous le biais de revendications corporatistes, devenues des revendications identitaires, nos compatriotes anglophones exigent le fédéralisme et donc la séparation du Cameroun en deux. Cette séparation, si elle était implémentée pourrait entrainer un bouleversement des institutions. L’histoire politique du Cameroun a été d’abord fondée sur les bases identitaires. Le caractère unitaire et indivisible du Cameroun prendra un sérieux coup, le vivre ensemble, la paix et la prospérité idéaux chères au Camerounais seront-ils encore le moteur de la grandeur de ce Pays ?

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L’histoire sociopolitique du Cameroun est fondée sur les revendications régionalistes communautaires et identitaires. Les mouvements créés par l’ex-président camerounais Ahmadou Ahidjo à savoir les associations des élus foulbés et musulmans du grand Nord dont le principal but était de promouvoir le développement de la région du Nord dont le retard a souvent été à l’origine des politiques de favoritisme et de rattrapage vis-à-vis des ressortissants de cette région. Du coté du Cameroun occidental, différents mouvements de contestation tels que le Cameroons National Fédération (CNF) du Dr ENDELEY, et des dissidents du CNF qui fondèrent Kamerun United National Congress (KUNC) Chacun de ces mouvements à la fois indépendantistes et Régionaliste ont été intégré au grand parti UNC mais toutes les revendications posées par les leaders de cette époque semblent être toujours d’actualité. Céder au fédéralisme entrainerait certainement un effondrement de l’unité nationale, ceci au profit des revendications régionales identitaires et communautaires. L’idée même de fédéralisme ouvrirait la voie à toutes sortes de manifestations des tribus dites « marginalisées » qui copieront peut-être la démarche Anglophone pour se faire entendre.

La forme de l’État semble être au centre des préoccupations électorales au Cameroun, si l’on a pu observer le caractère identitaire des mouvements politiques des premières heures du Cameroun, celles-ci ont encore été renforcées et cela a été perçu lords de la création de l’École normale de Maroua qui, fit l’objet d’une polémique politico-culturelle qui posait le problème du recrutement prioritaire des ressortissants du grand Nord. Ces faits dénotent même de la nature complexe du macrocosme politique camerounais. Le fédéralisme pourrait être le début de la fin d’un Cameroun Uni et le commencement de plusieurs Cameroun antagonistes.

Fort de cela, le dialogue semble la meilleure solution pour éviter que la situation déjà inquiétante au Nord et au Sud-ouest du Cameroun ne s’enlise complètement. Car une guerre civile dans l’État actuel du Cameroun viendrait anéantir les efforts de développement et prendrait assurément plusieurs années pour la reconstruction.

Sylvain BELINGA.

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