Stratégie de diversion des peuples!?

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Il ne se passe pas une semaine sans qu’une historiette défraie la chronique.

Il y a en effet comme une coïncidence curieuse qui veut que l’on soit obligé de se préoccuper, d’une semaine à l’autre, d’affaires qui soulèvent les passions ou tout simplement d’événements qui perturbent notre quotidien : opération épervier, bébé volé, concours de l’IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun, qui forme les diplomates et les cadres internationaux du Cameroun), accueil d’une personnalité, voyage présidentiel, appels au peuple, organisation de forums, multiples points et conférences de presse du Ministre de la communication. Et bien d’autres. Pendant ce temps, personne ne se préoccupe des débats de fond. Il y’a  tant de questions auxquelles personne ne semble s’intéresser au fond !

Abracadabra (Source image:oleis-travelevents.com)

Les problématiques nouvelles

Pensons-nous vraiment qu’en louvoyant ainsi, en évitant soigneusement les vrais débats nous allons bâtir un pays voire une Afrique  capables  de faire face aux problématiques géostratégiques (sécuritaires), géopolitiques ou économique, notamment la problématique de la compétitivité en rapport avec la balance commerciale ainsi que l’autonomisation de la gestion d’une monnaie ?  Qu’en est-il de de la nouvelle économie  (économie circulaire, responsabilité sociale de l’entreprise, etc.) ou des questions sociétales  (la question de la diaspora par exemple) et de toutes les questions y relatives qui s’imposent à l’humanité par le biais de  la mondialisation?

 Le nouveau positionnement de l’Afrique sur l’échiquier mondial :

Avançons-nous en rang dispersé ou reconstruisons-nous le panafricanisme sur la base de la donne actuelle ? Pendant combien de temps encore allons-nous regarder nos peuples s’entredéchirer quotidiennement dans d’interminables guerres civiles ? Quelle est cette passion qui anime ces peuples d’Afrique complètement perdus entre une culture sociopolitique de la violence, reçue du judéo-christianisme capitalistique et d’un Islam conquérant, civilisations importées somme toute, où l’intolérance  et  la haine sur fond de conquête et d’impérialisme, se côtoient  au quotidien, semant désolation et malheurs dans nos familles, entretenant des foyers de tentions en permanence sur le continent. Citons quelques exemples au pif : la Guinée Conakry et les violences sur fond de conflit ethno politique – le Togo et le Gabon et la problématique de la transparence électorale– la Centrafrique  et l’instabilité à la fois ethno-tribale et politique, avec des relents religieux -le Kenya, le Mali, le Cameroun, le Tchad, le Niger, le Nigeria etc. Face au « djihadisme » et au terrorisme– les deux Congo et la question de la modification de la constitution, le Gabon (encore) et l’acte de naissance de son Chef de l’Etat (même si au fond on s’en fout tous de ses vraies origines). Voilà une partie  du  triste chapelet des trophées qu’engrange le continent au quotidien. Tiens j’ai failli oublier  l’Afrique du Sud et la montée de la xénophobie.

A défaut d’union, n’est – il pas légitime que plus d’un demi-siècle après les « indépendances» de la plupart de nos Etats, que l’on fasse l’état des lieux de l’Etat post colonial et que l’on envisage une nouvelle forme de l’Etat africain ? 

Allons-nous continuer à demeurer indifférents face au drame de nos enfants mourant par milliers dans des océans au large des côtes italiennes en quête ne nouveaux espaces, alors même que notre continent a la réputation d’être un scandale géologique, un véritable réservoir de matières premières, un sol tellement fertile que le Cameroun et la Centrafrique a eux deux peuvent produire la quantité de céréales dont l’humanité toute entière a besoin pour se nourrir.

Un continent disposant d’un potentiel hydroélectrique pouvant alimenter l’humanité en énergie, sans compter l’alternative des énergies renouvelables.

Les composantes de cette stratégie de la diversion se trouvent dans le système institutionnel et politique qui gère nos états : Une élite économique et politique construite sans consistance ;  une élite inconsciente ou faisant fi des enjeux de l’heure ; à la fois incompétente et complice des exactions commises par une religiosité extravertie et une spiritualité défroquée.

Une élite portée sur le matériel, conditionnée à  la manière du chien de Pavlov, face au stupre, la fornication contre nature, le vice et l’assouvissement des désirs enfantins non assurés, mal assumés ; des gens qui ont besoin d’une véritable catharsis.

Quel sera désormais le mode de casting de l’élite gouvernante. En effet, qu’est ce qui justifie par exemple que l’on ne détourne pas l’argent de la tontine tandis que sans états d’âme l’on mette à sac les fonds publics.

Le système politique

Nos systèmes politiques sont bâtis sur un modèle non adapté à nos réalités anthropologique, ontologique et sociologique ; pourvoyeur de violence, de pandémies et d’épidémies. Une véritable entreprise de production de malaise sociale. Des états fragiles ou fragilisés par un déficit de culture.

Un modèle d’alternance à la tête de l’Etat auquel personne ne croit, bien que constitutionnellement consacré. Un modèle d’alternance potentiellement dangereux pour la paix sociale, porteur de germes « conflictogène » et belligène. Des mœurs complètement dévoyées. Une société  où personne ne s’interroge en profondeur sur le fait que toute une élite soit accusée de vol, de détournements.

Un système d’information fondé sur une presse spécialisée (parce que paupérisée) dans l’anecdote, en quête effrénée de sensationnel et d’événementiel pour alimenter des colonnes insipides, ayant volontairement congédié la réflexion au profit du Gombo (argent) même putride, tiré des profondeurs méphitiques de la corruption (même si certains, trop rares, sortent du lot). On va faire comment ?  Pourvu que cela rapporte ce que l’on appelle affectueusement « le gombo ».

Comment s’étonner alors que rien ne marche ? Que le sous-emploi soit massif, que tout ce qui est localement consommé soit importé ? Pendant combien de temps allons-nous nourrir nos soldats avec le riz thaïlandais ?

Pourquoi faire des bulles autour de la santé d’un chef de l’Etat, dans un pays où les populations dans nombre de contrées –toutes régions confondues- n’ont pas le moindre comprimé de nivaquine ou de paracétamol et où l’on transporte des malades en agonie à dos d’homme, dans des brouettes, des pousses ou sur des motos (ben skin) dans le meilleur des cas ? ; En quoi la situation d’un bébé – bien que nous compatissions- volé est-elle plus préoccupante que celle de ces enfants malnutris dans moult villages ou celle de ces enfants de la rue, sniffant la colle au carrefour de la poste centrale de Yaoundé dans les centres villes de Bamako, Lomé ou Brazzaville ? Que dire de ces mères qui décèdent encore en accouchant, faute de césarienne. C’est quoi quinze misérables places que l’on se discute a l’IRIC ou ces affaires d’un nom apparu sur plusieurs listes d’un même concours de l’ENAM, dans un pays ou les diplômés se trouvent massivement dans la rue ?

Nous n’avons plus honte !

Morceau-choisi : La seule route dont on dispose par exemple à Yaoundé est régulièrement barrée au profit du Chef de l’Etat ou de  ses hôtes. Qui évaluera pour nous les pertes subies par le commerce et les autres activités moins palpables. Et les drames humains, lorsque l’on a un cas sanitaire urgent et que l’on ne peut pas se rendre à l’hôpital parce que « le Président passe » ? Dire que cette ville a reçu massivement des fonds PPTE– l’on parlait  à l’époque d’une bagatelle de plus de 100 milliards de francs CFA ! Qu’en a-t-on fait ? Mystère. Entre les clôtures, restaurants, boutiques construites sur les trottoirs, parkings dessinés a la chaux, guirlandes de noël et de nouvel an, tout ceci à coup de milliards…

On se demande quel fut l’ordre de priorité dans les choix des investissements de cette manne, fruits de nos efforts collectifs, lorsque notre capitale est privée d’eau et d’électricité.

Tout ceci au nez et à la barbe du monde. Chez nous on n’a plus honte ? Et le peuple dépassé par les évènements tous les jours se demande, comme à la fois une prière et une résignation : « On va faire comment !? »

Cessez de nous divertir, cessez de voler et travaillez comme certains, encore trop rares, essaient de le faire! Et qu’on se le dise bien tous, le bilan, on finira par le faire. Personne n’y échappera.