La nouvelle attitude des élites camerounaises

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Notre élite est comparable à des enfants longtemps gâtés par leur père et qui éprouvent toutes les difficultés du monde à s’arrimer à la nouvelle situation dans laquelle se trouve désormais celui-ci : la faillite.

Longtemps nourris au caviar, ces enfants refuseraient de se nourrir de feuilles de manioc, du MADJANGA que maman leur propose désormais. Ils accusent le père de tous les maux, puis décident sans réfléchir de vendre comme des petits boudeurs tout le patrimoine familial à des étrangers pourvu qu’ils continuent à mener tambours battant leur existence de gabegie et d’insouciance.

Le père, passablement dépassé par les événements laisse faire, jusqu’au moment où il s’aperçoit que le comportement de sa progéniture qui brade tout le patrimoine conduit toute la famille vers le mur suscite la révolte des autres ayant droits et perturbe sa tranquillité proverbiale ; il attrape donc ces impertinents un à un et les enferme au cachot familial. Cette riposte du père laxiste ne change pas grand-chose aux comportements désastreux de ces enfants qui se reproduisent eux-mêmes à travers leur progéniture, tout aussi gloutonne que leurs géniteurs.

Cette parabole décrit quelque peu la situation de notre pays. En effet, cette progéniture manifeste d’ailleurs de plus en plus son impatience à remplacer ce père qui n’a que trop longtemps détenu le commandement et qui semble reprendre du poil de la bête au fur et à mesure que passe le temps.

D’années en années, on a plutôt l’impression que les choses vont en s’empirant. La boulimie financière est de plus en plus forte au point où, malgré les arrestations et multiples alertes de la communauté internationale et de la société civile, l’élite continue son activité de gabegie au détriment de tout le village.

Elle est tellement préoccupée par son activité « manducataire » et alimentaire qu’elle ne voit venir aucun danger. Elle est surprise a tous les coups.

Elle ne met en place, bien qu’occupant des postes stratégiques, aucun dispositif lui permettant de scruter l’avenir. Elle ne capte aucun signal.

La guerre conte BOKOHARAM aurait pu être anticipée si les cellules de réflexion stratégique fonctionnaient de manière optimale. La chute des cours du pétrole, aurait pu être détectée par une cellule d’intelligence économique et stratégique. Lorsqu’on voit les solutions que l’on propose pour lutter contre ces crises, l’on est tout simplement étonné par leur caractère artificiel et conjoncturel. Il n’y a pas d’analyse structurelle !
Il est important de se mettre dans la position de guerre permanente et domestiquer le concept de guerre préventive cher aux américains.

Polamos pater Pantum, disaient les anciens. La guerre est père de tout. C’est le seuil supérieur de la crise que peut atteindre une société. C’est le seuil qui autorise un Etat, à procéder aux grandes réformes. A quoi cela sert-il en effet de prétendre soutenir Paul BIYA et son armée, si l’on ne peut pas concrétiser le consensus national à travers une coalition citoyenne, moins spectaculaire que les marches de soutien et prendre à bras le corps les différents problèmes auxquels nous faisons face sur les différents fronts.

Sur le front sécuritaire

L’heure n’est-t-elle pas venue de copier le modèle israélien et de faire de chaque citoyen camerounais majeur un militaire ? En effet, traqué et battu le front de la guerre formelle par les forces coalisées, BOKO HARAM va sûrement poursuivre le front terroriste qui lui est cher et continuer à procéder par les attentats, comme il le fait depuis quelques semaines! C’est l’occasion de pousser au maximum la coopération sécuritaire.

Sur le front économique et social

N’est-il pas temps de se fixer des objectifs globaux en termes de macroéconomie (?) en :

  • réduisant la dépendance économique à travers des politiques boostant le tissu économique national en vue de réduire drastiquement le déficit de la balance commerciale.
  • résolvant le problème de la politique monétaire ainsi que celui du verrou de la contrepartie extérieure. - réduisant au maximum les dépenses de fonctionnement, afin de donner la priorité à l’investissement, notamment à l’agriculture, avec pour objectif de réduire le déficit de près de 150 mille tonnes de céréales et faire face aux dépenses de guerre notamment l’alimentation des soldats au front et celle de l’afflux des réfugiés. 
  • lançant de grands programmes agropoles et des technopoles le long de nos frontières, pour mieux les occuper et les sécuriser au passage. C’est sûrement le moment de relancer le PREBAP, à travers les zones économiques créées en 2013, mais qui tardent à prendre corps (ces programmes permettant d’appuyer directement les petits exploitants agricoles).

Par ailleurs, notre buget doit repasser devant le parlement, au lieu de procéder à des ajustements fiscaux tatillons au risque de créer un malaise social. Il doit être réorienté sur le plan stratégique. C’est enfin l’occasion d’opérationnaliser les accords de coopération. Pourquoi ne par exemple pas permettre que le Naira circule au Cameroun, le Nigéria représentant un marché de plus de 180millions d’habitants.

Au plan géopolitique national et sous-régional

Prendre des mesures d’apaisement, notamment relire le code électorale, revendication de l’opposition camerounaise ; La grande leçon à tirer est qu’on ne peut plus faire l’économie de la synergie nationale et sous régionale. Quant à notre élite gouvernante et ses complices, elle doit se rendre compte que les enjeux sont globaux. Elle doit savoir que le danger qui vient de l’extérieur est de loin plus pernicieux que les remous internes qui eux ne sont liés qu’à une distribution non équitable des ressources nationales. Le danger extérieur est constitué de ces prédateurs qui veulent mettre la main sur notre pays et ses ressources. Ce ne sont pas seulement les Français mais aussi les Chinois, les Russes etc. Cette prise de conscience est essentielle. Elle nous permet de comprendre qu’il n’y a pas de différence entre les petits bamiléké-nordistes-extrême-nordistes-de l’Adamaoua-du Nord-ouest du sud-ouest du littoral… Mais que ce sont les meilleurs d’entre eux qui vont faire face aux petits asiatiques- européens -américains sur le stade de la mondialisation. Comprendre cela, c’est s’éloigner de la débauche économique, sociale et culturelle. C’est adopter une attitude réellement patriotique.