Cameroun: Comment le tribalisme a été crée au Cameroun?

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Tribalisme politique au Cameroun les origines du mal.

La scène politique au Cameroun semble être le théâtre de grands affrontements. on aurait pensé à des affrontements idéologiques comme partout ailleurs. La bataille politique au Cameroun n'est pas synonyme de phrases épicées cherchant à déconstruire une décision politique, de critiques sur les politiques économiques, de saillis sur les mesures fiscales ou encore de lutte pour l'adoption de réforme quelconque. Au Cameroun, la politique est une allégorie théâtrale qui oppose à la place du débat d'idées, des résurgences identitaire, voire ethnique. Comment comprendre que l'on assimile un parti politique à une région un village ou un clan? Ceci n'est pas le fait du hasard, une stratégie savamment pensée aux premières heures de l'État camerounais a été adopté, afin de faire de ce pays, un capharnaüm politique dont le point culminant est la division politico ethnique. Pour mieux comprendre le système politique au Cameroun nous allons faire un détour dans notre histoire afin de saisir d'où viennent les clivages que l'on observe désormais .

Dès 1956, la mise en place de la première législature au Cameroun, exacerba la conscience tribale. L'on peut vérifier celle-ci a travers la grande subdivision catégorielle suivant 3 grands ensembles. D'abord celui du Nord que l'on assimile au grand Nord composé de musulmans que l'on qualifie de façon grossière de ""Haoussa"" qui en fait sont les peuls en plus des haoussa pour la plupart venus du Nigeria. À l'intérieur de cet ensemble l'on retrouve d'autres groupes tout aussi nombreux que l'on nomme les Kirdis ou encore les Kardos (impis). Ce sont les giziga les Matakam, les Mousgoum, les Moundangs etc. le deuxième ensemble est celui du grand sud qui regroupe ici pas moins de 4 régions: le centre, le sud, l'est et le littoral dans une certaine mesure. Ceux-ci sont assimilés au Bantou et obéissent tous ou presque à un modèle d'organisation coutumière similaire. ils sont chrétiens et sont subdivisés en clans. Le dernier ensemble est celui de l'Ouest qui est constitué des Semi-bantou, c'est-à-dire les Bamiléké, les bamoun. majoritairement chrétien, l'on retrouve également la présence forte d'une religion ancestrale qui fut assimilée à de l'animisme. Ces ensembles sont hétérogènes mais cohabitent depuis des siècles dans une ambiance de paix relative.

UPC premier parti nationaliste ?

Au début des années 1950, c'est avec l'Union de Population du Cameroun (UPC) que naissent les premiers mouvements politique au Cameroun. Née d'une confédération syndicale (CGT), l'UPC ne parvient pourtant pas à se départir de la chape de plomb tribale qui demeure, du fait de son implantation territoriale qui semble rester cantonné aux régions d'origine de ses pères fondateurs. Ils sont Bassa (Oum Nyobè, et Mayi Matip), Bamileke ( Ouandié, Kingué), Bamoun (Moumié) et Douala ( Prince DIKA AKWA). Même si ces leaders ne ressortaient pas d'une même aire géographique, le colon du s'efforcer d'assimiler l'UPC à un mouvement tribal. le basculement idéologique vers la tendance communiste a été la riposte du parti afin de construire un discours conquérant pour aller vers les indépendances, mais surtout de faire de l'UPC un véritable parti national.

Avec les guerres dites du maquis, la résurgence tribale apparaît à plusieurs moments dans le parti. une hégémonie Bassa qui fut stoppée par la mort d'Oum Nyobè et la trahison de son adjoint Matip qui rallia l'adversaire. une phase Bamiléké mené par Ouandié et Kingué, qui a débouché sur les sanglantes représailles en terre Bamiléké dont les morts n'ont jamais pu être dénombrés.

La création tribale de l'Union National Camerounaise

L'union Nationale Camerounaise porte une nomenclature ambiguë. L'on aurait pu croire qu'il s'agissait de l'Union du Nord Cameroun, mais c'est surtout un sigle plus proche de l'Union des Populations du Cameroun (UPC) dont on pourrait croire que le "P" a été changé en "N". par ailleurs ce parti est née de la fusion de plusieurs mouvements associatifs à caractère tribal, qui se sont transformés en groupe politique au fil du temps. Au commencement, c'est avec les élections de la première législature de décembre 1956 que l'expression tribale a pu être observée au Cameroun. L'(UC) ou Union Camerounaise groupe parlementaire composé essentiellement de ressortissant des régions du nord était constitué principalement de foulbé musulmans, quelques rares païens pouvaient y exister et c'est son chef Monsieur Ahidjo qui le dirigeait et bien qu'étant considéré comme moderniste, l'UC défendait essentiellement les intérêts des musulmans foulbés et ressortissant du grand Nord.

D'autres partis tels que le Parti des Démocrates Camerounais d'André Mari-Mbida (PDC) furent essentiellement constitués d'Ewondo et d'Éton, farouchement attaché à la religion catholique. un groupe constitué d'hommes politiques dits indépendants mais qui étaient pour l'essentiel Bamileke. C'est le groupe des Paysans indépendant qui comptait les listes Paysans indépendants (Mathias Djoumessi), Paysans camerounais (Daniel Kemajou, Njiné) et Union de l'Ouest-Cameroun. A côté de ceux-ci l'on peut aussi citer un mouvement plus diversifié mais dont l'action ne dépassa jamais le Sud-ouest et le Sud c'est le Mouvement d'Action Nationale Camerounaise (MANC) qui naît de la fusion du Ngondo de Monsieur Soppo Priso, de l'Union tribale Bantou de Monsieur Charles ASSALE (Bulu) de Monsieur Ekwabi apparenté au Mbo'o de Nkongsamba. Une tendance socialiste fut insérée au Cameroun afin de contrecarrer l'Union des Populations du Cameroun, mais aussi le député Mayi Matip, UPCiste devenu docile entra également au parlement.

La politique était donc un moyen pour chaque leader de défendre les intérêts locaux, seul l'UPC avait dans son discours une tendance nationale et ne se cantonnait pas à la défense des intérêts Bassa, Bamileke Bamoun ou Douala. Une réelle cacophonie liée à ce multipartisme tribalisé prend forme. Construire une réelle nation devient un véritable défi. La formation de la nation nécessite donc l'érection d'un symbolisme politique qui forcerait au consensus, ceci dû se faire autour de la personnification du pouvoir politique et de ses symboles en les mains d'un homme le président Ahidjo.

Le Président Ahidjo à la tête de L'UC groupe majoritaire au parlement fut le premier ministre et également le premier Président de la République. Sa mission de construction d'une nation dû se faire au forceps. Il ne tarda pas à tordre le coup au multipartisme embryonnaire qui venait de s'ériger au Cameroun. le risque d'une dislocation territoriale et la préservation de l'unité nationale sont les motifs de création d'un parti unifié ainsi le président Ahidjo du soumettre tous les acteurs politiques à une allégeance au grand Parti national Unifié. Ce parti fonctionnait sur la base d'un clientélisme ethnique qui donnait à chaque acteur politique la charge d'imprimer la notion de l'unité nationale en contrepartie d'un prestige politique ou d'un poste quelconque. L'alliance Nord Sud vit ainsi le jour et le ralliement des partis tels que le PDC et des autres formations politiques furent l'action qui détermina ce que l'on a appelé le pacte Nord et Sud. Point de départ de la politique clientéliste. ce système est basé sur la gestion patrimoniale du pays et surtout sur la création d'élites en fonction des tribus et dont le rôle est de faire assimiler la politique de l'UNC.

Qu'est devenu l'UNC?

Après le changement de nom de l'UNC par monsieur Paul Biya en 1985 le fonctionnement clientéliste du parti fut le même. le tribalisme est toujours ambiant dans la sphère politique au Cameroun. Depuis le retour au multipartisme, les résurgences identitaires ont été réactivé. 254 partis politiques ont vu le jour. c'est à peu prêt  le nombre des groupes ethniques présents sur le triangle national. Entre 1990 et 1994 tous représentaient leurs chapelles tribales ce qui rendait inaudible les expressions d'une idéologie. le clientélisme a vu s'élargir son spectre car certains de ces partis se disaient proche du RDPC et leur garantissaient des voix aux élections. D'autres par contre s'apparentaient à l'opposition mais demeuraient tribalisés ce qui facilitait l'usage du rapport de force électoral afin d'obtenir des rétributions de la part du pouvoir en plaçe. Le Social Democratic Front (SDF) de John Fru Ndi était le parti Anglo-Bamiléké, l'Union des démocrates du Cameroun (UDC) le parti Bamoun dont le leader est monsieur Ndam Njoya, UPC le parti des bassa avec son emblématique sécrétaire général le ministre Augustin Frédérique Kodock, le MDR du ministre Dakolé Daïssala défend celui des kirdis. Tous ou presque avait moins une vocation idéologique nationale mais voulaient juste parler au nom de leurs villages.

Trente ans plus tard, ces tendances identitaires tribalisantes semblent être toujours d'actualités et une réelle cristallisation de l'espace politique Camerounais est observée. La division en camp tontinards et sardinards en est l'expression. sont tontinards tous ceux qui sont proches du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun à savoir les bamilékés et autres anglophones qui continuent de crier à la marginalisation, et sont qualifiés de sardinards tous ceux qui semblent être proche du pouvoir conservateur RDPC. Un schéma qui englobe aussi ceux de l'opposition telle que Cabral Libii que l'on assimile toujours aux groupes sardinards, bien que celui ci semble vouloir se départir de cette image en tentant un travail de fond

Les résultats observés à la dernière élection présidentielle sont le fruit de la graine semée depuis 1956 . l'on a pu observer que l'ex-front UNC qui existe toujours au sein du Rassemblement Démocratique du peuple Camerounais (RDPC) grâce à ses caciques s'est exprimé en plébiscitant pleinement Paul Biya qui est le garant de l'alliance nord-sud. Le suffrage Bamiléké a été perçu également mais surtout dans la ville de Douala ou le Professeur Kamto à réussi un véritable coup de force en devançant Paul Biya du fait de la forte présence Bamiléké dans la capitale économique. le piètre score du SDF qui est jusqu'ici le deuxième parti au Cameroun s'explque par le report des voix de la base électorale anglophone et Bamiléké vers le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun. Quant à Cabral Libii (Bassa) son département d'origine a également été pour beaucoup dans son score qui lui a donné la place de troisième homme.

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En définitive, le multipartisme n'est que l'expression politique des antagonismes tribaux, de même que, pour Marx, la lutte politique n'est que le reflet de la lutte des classes. Les caractéristiques structurelles de cette incarnation peuvent varier. Si l'U.P.C. fut incontestablement un parti de masses, la classification des autres grandes formations politiques (Union camerounaise, Parti des démocrates camerounais, Paysans indépendants, Action nationale) est plus délicate. ceux ci ont fondé l'UNC puis le RDPC ce qui signifie qu'au Cameroun le politique repose d'abord sur le tribal. Cet héritage systémique que l'on observe dans plusieurs autre Pays en Afrique est bien le fondement des clivages hégémonique grandissant cause de clivages que l'on perçoit au Cameroun.

Gontran ELOUNDOU

Analyste Politique.