Cameroun: Adresse du 31 Décembre à la nation : Paul BIYA n’a-t-il rien dit ?

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Le traditionnel discours du Président de la République du Cameroun aura été l’un des discours les plus attendus du règne du président de la République Paul biya. L’adresse à la nation était attendue dans la mesure où l’année 2018 aura été une année riche en actualités politiques, économiques et surtout diplomatiques. Après ce discours de 20 minutes comprenant 1690 mots, les avis sont partagés. Tout d’abord il y a ce sentiment d’insatisfaction que l’on ressent généralement à la fin de chaque discours du président Paul Biya. Puis il y a le décryptage des codes qui révèlent bien des choses lorsque l’on (faut-il être) est spécialiste de la communication politique.

Tout d’abord les Camerounais attendaient un bilan politique clair de l’année 2018. Malheureusement ceux-ci auront reçu du Président de la République un bilan général des 50 années des activités politiques et économiques du Cameroun. Se faisant ainsi le comptable du système dirigeant depuis les indépendances. Le parcours chaotique du Cameroun a été justifié par un ensemble d’éléments factuels, qui, selon le Président Biya émanaient pour la plupart de la conjoncture économique mondiale et du système financier international. Loin de ce discours toutes tentatives d’incriminations du gouvernement qui n’a jamais pu répondre de façon concrète aux désirs de bien-être des populations.

paul biya message a la nation dec 2016 int

Sur le plan politique, un seul point est mentionné ici l’avènement de la démocratie. Une démocratie ou l’alternance semble encore être un projet qui peut-être sera déterminé par la volonté de la nature. Après 37 années passées à la tête de l’État il s’agit plus d’un multipartisme « monolithique » qu’une forme achevée de démocratie qui prend en compte l'alternance institutionnelle. Rappelons qu’au Cameroun, le Président de la République et le Président de l’assemblée nationale, ainsi que le Président du conseil économique et social compte chacun plus de 20 années à la tête de leurs institutions à charge. Aussi ces Camerounais attendaient que soit souligné le passage de l’élection présidentielle du 07 octobre 2018, principalement la partie sur le contentieux post-électoral et aussi peut être un mot sur le nouveau paysage politique dont le président Biya est le doyen. Rien n’a été dit à propos.

Il ne faut pas tout de même être péremptoire sur ce discours en prenant une position négative tranchée. Le discours du « Père » est bien porteur d’un ensemble d’éléments-clés qu’il faudra bien mentionner afin d’éclairer la lanterne des Camerounais et aussi des membres du gouvernement.

Le discours du président recèle de quelques « trésors » cachés notamment lorsque celui-ci parle des questions de sécurité et de paix. Par la mise en place d’une commission de démobilisation de désarmement et de réinsertion (DDR), le président de la République lance une nouvelle fois un appel à la paix sociale. Dans le même ordre il réaffirme sa position de chef suprême des forces armée en mentionnant l’usage de la force comme dernier recours à la résolution de la crise anglophone.

En parlant d’économie, le Président ne donne pas de chiffres, mais il met plutôt en avant un ensemble de lignes et d’attitudes que le gouvernement doit adopter dans son approche pour faciliter la croissance. La sécurité en est la condition sine qu'a non. Il demande aux membres du gouvernement de mettre en avant des politiques qui incitent à l’emploi des jeunes en chômage, mais aussi il rappelle à ce gouvernement qu’il existe un plan directeur de l’économie. L’incitation à la création d’emplois avec la promotion de l’industrie agricole, une promotion des énergies renouvelable lorsque le président mentionne la création de centrales solaire. Ces éléments de la politique économique seront certainement freiner par une administration budgétivore, mais surtout la traditionnelle lenteur administrative et le régime fiscal répressif que connait notre pays

Par ailleurs sur le plan social,

Le Président semble faire un appel pressant au ministère de la santé et aussi du travail et de la sécurité social. Parler des centres de santé, c’est revenir  un peu sur les objectifs du millénaire pour le développement, principalement sur son aspect santé. Les centres de santé constituant l’unité de base en matière d'intervention et de premiers soins de santé pour les populations. le Président vient ici montrer quelque part que ce domaine a été négligé et que c’est un secteur de sa politique qui sera particulièrement observé. La lutte contre le chômage et l’appel à l’auto emploi des jeunes est l’une des solutions à la crise sociale que met en avant le Président de la République. L’on peut ainsi interpeller les ministères concernés qui doivent trouver des solutions au chômage par la mise en place d’un système de financement de l’auto emploi, mais aussi par la création de nouvelles entreprises dans les secteurs agro-industriels.

Ce discours était aussi attendu sur le fiasco de la CAN 2019 que devait abriter le Cameroun. Malheureusement, le Président à relativiser cela et à jouer sur les mots en parlant de «glissement de date ». Chose qui montre que ce dernier semble avoir pris note et préfère ne pas montrer son mécontentement lors d’un discours de fin d’année. Mais par cette métaphore bien de conséquences pourrait bien suivre.

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Comme nous l’avons mentionné en début de notre article, le discours de fin d’année du Président laisse sur sa faim. Mais pour ceux qui savent lire entre les lignes, il est porteur d’un ensemble d’éléments de la politique général que doit suivre le gouvernement camerounais. Pour les camerounais en mal de grandes annonces, ils ne seront pas servis. Par ailleurs il faut noter que ce discours à fait le bilan de 50 ans d’indépendances. S’il a mentionné l’importance de ce septennat nous y voyons surtout le dernier septennat du Président Biya et aussi la mise en place d’une véritable démocratie.

Gontran ELOUNDOU

Analyste Politique.