Cameroun: Président jusqu’à la gare.... ?

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Depuis 1982 les Camerounais l’ont comme Président de la République. Le 22 octobre 2018 il rempile pour un 7e mandat.  Son prochain septennat sous l’égide de la « force de l’expérience » semble agacer certains qui voient en cette longévité au pouvoir, un frein à l’émergence économique du Cameroun. D’autres par contre assurent qu’il est le meilleur président que les Camerounais puissent avoir, du fait de son expérience du pouvoir et surtout de sa maitrise innée de la gestion des hommes et des institutions. 43 ans à la tête de l’État en 2025, Paul Biya remballe. Va-t-il finir ce mandat ou non ? Qu’on l’aime ou qu’a la haie qu’on le veuille ou pas le Président Paul Biya demeure le maitre incontestable, le pilote de cette machine politique compliquée qu’est le Cameroun, voici sommairement pourquoi les Camerounais lui confient encore 07 ans.

 

Au Cameroun il est l’homme le plus populaire. Aimé ou détesté, mais connu de tous, (même des pygmées de la forêt). Le Président Paul Biya rempile pour 7 ans. Née en 1933, cette intellectuelle à l’élégance quasi parfaite et au raffinement digne de la haute bourgeoisie occidentale, semble toujours plaire à la population camerounaise.  Celle-ci lui  a exprimé pour la circonstance son désir de le voir continuer de conduire le Cameroun.  Beaucoup de Camerounais ne connaissent que lui comme Président. Un "homme mou" disait ses détracteurs, le chef de l’Etat comme on l’appelle a opté pour une recette qui semble marcher. Même les Dieux millitent en sa faveur dans la mesure où ce dernier fait le consensus tant sur la terre des hommes avec son pouvoir politique que  militaire sans oublier son système économique unique. Mais aussi l'unanimité naturel avec une incroyable longévité physique et mentale.

Sur le plan politique, Paul Biya accède constitutionnellement au pouvoir. En tant que successeur du défunt président Ahidjo, il accède à une machine politique qui est une copie du modèle partisan issu du parti communiste chinois. Une oligarchie où l’accès est réservé à une élite bien définie et qui pense avec lui la politique du Cameroun. La star c’est lui bien qu'issu du Parti unique, Il est celui qui aura accepté que le multipartisme se reconstruise, mais a tenu à faire de ce multipartisme,  un multipartisme à la « sauce Biya ».  250 partis Politiques sont nés (même s'il n’existe pas vraiment) tous étant l’émanation des origines tribales de leurs leaders.  Il administre ainsi son pays par dosage en équilibrant les forces vives. La politique de l’équilibre régional, la politique de l’administration de proximité par les autorités traditionnelles, avec lui toutes les revendications sont légitimes et peuvent trouver une oreille favorable du moment où elles se manifestent avec insistance dans la rue mais sans violence. Sous son règne le statu quo est la méthode par laquelle il neutralise les adversaires politiques. Créant ainsi lui-même ses opposants et ses coalitions. Tous ou presque ont collaboré de près ou de loin avec le système Paul Biya. Voilà pourquoi sur le plan politique Paul Biya est le maître des cartes et ne semble pas le seul à comprendre la politique du Cameroun.

Sur le plan militaire, le Président de la République là aussi  a fait de l’armée un véritable allié qui cohabite parfaitement avec les civils. Ici il est le chef d’État-major (même si cela n’est pas officiel) et le vrai ministre de la défense. En effet le Cameroun n’a pas un chef d’État-major des armées comme ailleurs, mais plusieurs chefs des États-majors en charge de différents secteurs de l’armée. Paul Biya a ainsi pu constituer une véritable force loyale et Républicaine dont les effectifs véritables ne sont connus de personnes. Il a par la suite réussi à créer des forces d’élites et spécialisé dans tous les domaines aériens et terrestres indépendantes les unes des autres, mais toutes dépendant de lui.  Une armée forte et redoutée en Afrique centrale qui  bénéficie d’un encadrement de haut niveau du fait de la diversité de partenaires militaire dont lui seul a le secret.  Avec à son actif plusieurs guerres, le Président Paul Biya a réussi à imposer le respect dans la sous-région tant par les victoires sur le terrain militaires que diplomatiques.

Si les Camerounais continuent d’accepter Paul Biya comme leur chef de l’État, leur président c’est bien parce que sur le plan économique la liberté d’entreprendre est effective. Elle est tellement effective que le secteur informel a pris le dessus sur l’économie formelle. Les Camerounais sont désormais des chefs d’entreprises qui ont la possibilité d’entrer dans tous les secteurs d’activité. La corruption au Cameroun a aussi été l’un des alliés de la politique de Paul Biya en 36 ans de règne, le Président Biya a réussi à faire de la corruption l’élément de régulation dans les relations économiques. Faisant ainsi peser sur chaque Camerounais une épée de Damoclès qui les oblige à évoluer dans un contrat fondé sur la tolérance administrative. Au Cameroun tout le monde trouve son compte. Les Camerounais ont une double culture traditionnelle-agricole et aussi moderne parviennent généralement à vivre grâce à des revenus souvent nos déclarés.

Le Président de la République rempile donc pour 7 ans d’après les observateurs, c’est son dernier mandat beaucoup mis sur la force de la nature pour opérer cette transition que certains pensaient avoir déjà entamé au point de la trouver interminable. Par contre si la mort du Président Biya semble être son seul vrai adversaire, les Camerounais semblent apprécié à sa juste valeur leurs présidents de la République, leur père, qui selon eux est le seul à décider de quand il partira ou pas.

Gontran ELOUNDOU.