Cameroun: Paul Biya pris-en plein flagrant délit d’hypnose.

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Comme le déclara un jour le Président guinéen Alpha Condé, «  Le peuple Camerounais est le meilleur peuple du monde, il accepte tout et on peut tout lui faire ». C’est sur ce principe que le pouvoir en place a réussi, en cette période trouble que traverse le Cameroun à modifier la loi qui prévoyait les élections municipales et législative en cette année 2018. Un report sine die qui montre les inquiétudes du locataire d’Etoudi face à la nouvelle dynamique politique du Cameroun. Comment Paul Biya a-t-il réussi à faire passer une loi qui ailleurs aurait déjà causé une véritable monté de revendications, des violences et des graves manifestations. L’on peut sans aucun doute dire que l’opposition Camerounaise a tout simplement été hypnotisée par  le Président Biya voici comment

Tel des sujets lobotomisés, le regard livide, ensorcelés par le balancier d’un enchanteur, les opposants Camerounais n’ont ni vu, ni senti passé le récent projet de loi qui reporta les élections municipales et législatives. Pas un bruit, pas un mot, pas de contestation. Une complicité sans doute tacite et inconsciente au regard de l’actualité politique Camerounaise, qui, ailleurs aurait entrainée un véritable tsunami de contestations. Une situation qui ne semble pas gêner non plus le peuple Camerounais concentré à se délecter avec émotions des  matchs de football de la coupe du monde où leur équipe nationale n’y figure d’ailleurs pas. Comment le projet de loi portant report des élections législatives et municipales et validé par la chambre basse du parlement Camerounais, a-t-il pu passer ainsi sans que ceux qui sont supposés faire le travail de remise question du parti au pouvoir, valident la manœuvre politique du chef de l’Etat.

A quoi auraient servi les élections législatives et municipales  au Camerounais?

On a pour habitude de dire au Cameroun que le RDPC est une machine de campagne électorale au service du président Biya. Il semble donc clair que les députés et les maires qui battent campagnes pour le RDPC ne sont pas tous assurés d’être réélus.  Ceci étant dû aux démonstrations de force du MRC, le dynamisme communicationnel de Cabral LIBII, et la probable coalition anglophone (Osih, Kah Wallah, Akere Muna) Paul Biya aurait-il perçu le danger qui pourrait venir de l’opposition via une élection législative dont les conséquences auraient forcé à un réaménagement du gouvernement et une probable cohabitation. Par contre en reportant les élections législatives, le Président Biya s’assure une campagne électorale pour les présidentielles où il est certain  de déployer sa machine politique avec tous ses lieutenants, capitaines et généraux du RDPC présent dans les deux chambres. Les élections législatives et municipales étant les seules élections  où le chef de l’Etat n’a pas la main mise, (on le sait tous les élections sénatoriales elles étant piloter depuis le palais présidentiel), Ce report lui assure plus qu’une réélection mais le verrouillage d’une probable cohabitation ou d’une recomposition  gouvernemental.

Un parlement toujours acquis à la solde du pouvoir RDPC.

Par ce projet de loi, le Président Biya semble craindre un éventuel affaiblissement de son parlement. Ce qui confirme un fait, celui de perdre une majorité parlementaire acquise il y a longtemps. A l’observation, le dynamisme et l’activisme politique observé sur les réseaux sociaux et relevés par Paul Biya lors de son discours à la jeunesse  en février 2018, semble avoir eu pour effet de mettre le Président Biya dans le doute. La guerre Anglophone, le conflit Boko haram, n’augure rien de bon pour les parlementaires RDPC du Nord-ouest, du Sud-ouest et de l’extrême nord ou le mécontentement vis-à-vis du pouvoir semble réel.

Le  Président de la République assure ses arrières en mettant de son coté toutes les chances, notamment, un parlement acquis à sa cause. Une manœuvre que l’opposition ne semble pas percevoir ainsi, ou alors que celle-ci à décider de laisser faire.

Une opposition complice, incompétente ou inexistante ?

Kamto, Cabral, Akere, Joshua, Ekane, Kah Wallah et les autres semble tellement fascinés, disons le obnubilé par le fauteuil Présidentiel au point ou ils démontrent un désintérêt total vis-à-vis des intérêts du  peuple dont les droits viennent d’être mis de côté pour des intérêts politique et essentiellement « pouvoiriste ».  L’opposition approuve donc toute forme de loi qui met en mal les intérêts du peuple et non les siens. Pourquoi n’a-t-elle  pas profité d’un pays en crise multi sectorielles avec deux fronts de guerre pour justifier une mobilisation populaire dont l’objectif serait la pacification de notre Pays.

Les opposants Camerounais n’ont pas pu lancer l’alerte contre ce  projet de loi anticonstitutionnelle, qui oubli ainsi le calendrier électoral, et met de coté les aspirations du peuple perceptible à travers des sondages réalisés par certaines presses. Pas un communiqué, pas de mot de manifestations, aucun levier de « délégitimisation » de cette loi n’a été intenté par cette opposition. Partout ailleurs, cette acte du Président de la République aurait causé un ras de marée. Le Cameroun semble être le seul Pays où les activités politiques semblent n’intéresser  ni le peuple ni les hommes politiques, qui, tous rêvent d’être des Présidents tout en oubliant que la véritable institution en politique reste et demeure le parlement.

Une opposition molle et inutile.

L’opposition au Cameroun n’est pas capable de mobiliser, ni de prêt, ni de loin les foules pour faire face aux décisions du pouvoir en place. Les appels et autre meetings sont généralement interdits par les autorités administratives qui perçoivent le militantisme politique de l’opposition comme d’éventuelles sources de tensions et de conflits.  Comment n’entendons nous pas un communiqué de parti qui désapprouve cette manœuvre politique opérée par le chef de l’Etat et qui anéanti déjà toute les chances de l’opposition face à un RDPC de plus en plus obèse. L’incapacité des chefs d’opposition  à analyser à anticiper et à agir  sur les faits et les décisions du pouvoir, démontre une réelle mollesse de l’opposition. Une ignorance de ses  missions ? La situation politique Camerounaise montre ici en quelque sorte l’immaturité politique mais surtout, cet entrain gout pour la chaise d’Etoudi, état de chose qui ne sert ni le peuple ni les enjeux de la démocratie.

Un peuple mort ?

L’on observe que le peuple semble bien loin des décisions qui le concernent. Beaucoup n’ont pas été au courant de ce projet de loi et beaucoup semblent ne pas comprendre ce qui se passe. Pourtant il est bel et bien question de son avenir et de celui du Cameroun. Un peuple qui se préoccupe plus de football que d’autre chose, en ce temps de coupe du monde, il ne semble pas être au courant des échéances politiques à venir, ni des enjeux d’un report d’une élection.

Au final l’impression qui se dégage de  la classe politique Camerounaise est un sentiment d’abandon. Abandon des missions de l’opposition qui sont la mobilisation et la proposition d’idées et de programme alternatif. Un abandon du peuple qui semble désormais esseulé et oublié de tous, surtout des hommes politiques. Qui eux ne voient que ce peuple comme un strapontin leur permettant d’obtenir des bribes d’influence bonnes pour leurs affaires. Clientélisme, affairisme, absence de programme politique et idéologique tels sont certainement les mots redondants qui se trouvent dans les têtes des chefs de partis qui nous semblent  obéissant pour des opposants. On comprend donc mieux pourquoi ces populations qui ont abandonné les urnes, ont souvent- tendance à poser la question symptomatique d’une République dans le coma, « on va faire comment ?»

Gontran Eloundou

Analyste politique

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