Cameroun: Après MUKETE, qui doit encore parler pour que l’on comprenne le malaise Anglophone ?

Politique
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Après la sortie du Fon Victor Mukete Soh Ngosso dans le bihebdomadaire jeune Afrique, l’on peut aujourd’hui affirmer à quelques nuances prêtes, que les Anglophones sont unanimes sur la légitimité de la crise qui secoue le Cameroun en ce moment. La "crise Anglophone" pour parler ainsi remet en cause la forme de l’Etat camerounais et se traduit  par plusieurs prises de positions d’acteurs toutes aussi variables les unes que les autres, mais dont le point d’achoppement demeure la prétendue marginalisation des ressortissants des régions nord ouest et sud ouest.

D’un côté l’on a des modérés qui évoquent la résolution de la marginalisation par une décentralisation poussée qui verrait poindre ainsi une réorganisation du Pays en Etat fédéral. Un autre camp extrémiste qui lui, parle de sécession avec tous les avatars que l’on lui connait à savoir détachement des zone nord ouest et sud ouest pour former un territoire sous le nom d’Ambazonie. A l’observation, il est indéniable que la sortie de crise ne saurait se solder que par une réorganisation territoriale de notre Pays. Ceci peut se vérifier tout simplement au travers des différentes  positions des acteurs politiques de premier ordre tous ressortissants des zones dites anglophones.

C’est avec la sortie évoquée plus haut du Sénateur Victor Mukété Soh Ngossoh, Doyen d’âge de la haute chambre du parlement, par ailleurs PCA de la Cameroon Telecommunication (CAMTEL), chef traditionnel Bafut, membre du bureau politique du Rassemblement démocratique du peuple Camerounais (RDPC) et l’une des plus grosses fortune de la zone anglophone que l’on peut se poser la question de savoir qui doit encore parler pour que l’on comprenne le malaise Anglophone ?

Quand une élite de cette qualité met en exergue à travers une interview dans un magazine tel que jeune Afrique, il devient difficile de continuer de faire semblant de ne pas percevoir le problème Anglophone. En évoquant la marginalisation politique des Camerounais d’expression anglaise qui compte 10 ministres sur une soixantaine soit une moyenne de 1/6. Il est bon de rappeler que les populations d’expression anglaise occupent deux régions sur les dix que comptent le Cameroun ce qui représente une moyenne de 5 ministres par région le Fon met en avant le désir pour les Camerounais d’expression anglaise d’occuper encore plus d’espace sur le terrain politique avec une plus grande influence de cet espace politique dans le Pays. En évoquant l’hermétisme du Président Paul Biya, son inaccessibilité, et son mutisme, le membre influent du bureau politique du parti au pouvoir dénonce là un système qu’il a servi et dont il s’est servit. Solidarité communautaire ou repli identitaire ? L’on a bien l’impression que les Camerounais d’expression anglaise peuvent ne pas être d’accord sur tous points, mais tous sont unanimes sur la question de la marginalisation et souhaitent ainsi crée un environnement politique qui leur serait favorable. Cette environnement qui selon eux épouserait « l’indirect rule » ou l’autonomisation politique des régions héritées de leur passé coloniale britannique.

Une unanimité qui fait écho au sein de l’élite politique anglophone car avant le doyen d’âge du sénat (100 ans environ), des leaders tels que John Fru Ndi, Kah Wallah et Maitre Akere Muna tous de l’opposition on fait état de cette remise en cause de la forme de l’Etat. A ce propos, le Sdf, dont sont issus la plupart des acteurs politiques de l’opposition et d’expression anglaise, est né d’un ensemble de revendications et de doléances qui pour la plupart relataient déjà en leurs temps la prétendue « marginalisation des anglophone » au Cameroun. Ces leaders étant considérés comme étant des modérés, leurs désirs commun en tant que chef de parti ou leader d’opinion est que l’on revienne, sur les accords de Foumban ou disent –ils ils auraient été bernés par le président Ahidjo et souhaitent donc pour que justice soit faite que leur autonomie leur soit rendue.

Par contre la branche extrémiste du Southern Cameroon National Congress (SCNC) dont le leader autoproclamé Ayuk Tabe a été mis aux arrêts, est celle qui a décidé comme on le dit chez nous « d’entrer au champ », pour ne pas dire rejoindre le maquis en prenant les armes contre l’autorité établie de Yaoundé. Cette branche extrémiste quand à elle est l’aile guerrière de la revendication séparatiste de la zone dite Anglophone. Elle a pour objectif principal de créer un Etat appelé Ambazonie et qui se séparerait du Cameroun. D’après les différents témoignages des forces de l’ordre sur le terrain, ces nouveaux « maquisards » serraient soutenus par les populations qui les aideraient de façon directe en ne dénonçant pas les fauteurs de troubles et en offrant souvent leur hospitalité à ceux-là.

Une unanimité qui est certes diluée par la sortie du milliardaire anglophone peul Baba Danpulo, propriétaire de Nextell compagnie téléphonique qui est l’une des rares personnalités originaire de la région à avoir évoquée cette crise comme étant une véritable hérésie. Mis à part cette nuance, la crise anglophone semble être le caillou dans la chaussure du renouveau qui révèle le mal-être d’une communauté ayant pour seul caractéristique commune la langue. Il n’est donc pas question de multiplier les postes ministériels ou même de créer la cohabitation francophone/ anglophone à chaque poste, et plus loin de créer une commission de bilinguisme mais plutôt d’ouvrir l’espace politique camerounais à des possibilités de mutation qui aboutiraient éventuellement à une reforme constitutionnelle et globale de la forme générale de l’Etat du Cameroun.

Gontran ELOUNDOU.