Crise anglophone : Le Nigéria ne veut pas servir de base arrière aux rebelles sécessionnistes camerounais

Politique
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L’audience accordée par le président Biya à Lawan Abba Gashagar, haut commissaire désigné du Nigéria au Cameroun, intervient en pleine crise sociopolitique dans les deux régions anglophones. Abuja affirme qu’il ne saurait servir de base arrière aux rebelles sécessionnistes camerounais. La réalité sur le terrain serait autre pour l’instant.

Au Cameroun, les événements se précipitent depuis la déclaration de guerre de Paul Biya du 30 novembre 2017 aux terroristes sécessionnistes : le renforcement de la sécurité dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest, les attaques de plus en plus osées des rebelles sécessionnistes, les opérations de sécurisation des militaires et forces de l’ordre, etc. L’on cite parmi les faits les plus récents, l’attaque dans la nuit du 7 au 8 novembre 2017, de la compagnie de gendarmerie de Mamfe dans le Sud Ouest. Bilan : un gendarme tué et un autre blessé, plusieurs assaillants tués. Le pays tout entier assiste, avec un sentiment de déchirement, à la montée de l’escalade dans la crise sociopolitique qui agite ces deux régions anglophones.

L’émissaire nigérian était porteur d’un message du président Buhari à son homologue Paul Biya. L’on imagine cependant, cette audience intervenant en pleine crise sociopolitique dans les deux régions anglophones qui partagent une très longue frontière avec le Nigéria, que le pli dont le contenu n’a pas été dévoilé à la presse,  était en rapport avec la situation de sociopolitique dans ces deux régions et ses répercussions possibles sur les relations Cameroun-Nigéria.

Un message qui rassure

En réalité, beaucoup d’observateurs le redoutaient : la tension observée dans les deux régions camerounaises anglophones pouvait à tout moment déborder sur les localités nigérianes proches, propices selon eux, à l’installation de bases pour les rebelles sécessionnistes. La récurrence des attaques perpétrées par les sécessionnistes vis-à-vis des représentants des membres des forces de maintien de l’ordre et autres symboles du pouvoir dans les localités du Nord Ouest et du Sud Ouest proches du Nigéria viendront renforcer cette idée dans les milieux proches du pouvoir. Des voix n’ont pas tardé à s’élever pour dénoncer cette situation notamment au lendemain des attaques ayant coûté la vie à 6 militaires et policiers à Jakiri. Le président Biya, selon des sources bien informées, aurait alors joint au téléphone le Président de la République Fédérale du Nigéria, Muhammadu Buhari, pour exprimer sa préoccupation au sujet d’une telle éventualité susceptible d’entacher les relations entre le Nigéria et le Cameroun.

L’envoi d’un émissaire porteur d’un message au président Paul Biya apparait donc comme une volonté de rassurer les autorités camerounaises et à ne pas servir de base arrière aux rebelles sécessionnistes camerounais.

Et pour preuve, après avoir déclaré à sa sortie d’audience avec Paul Biya que le gouvernement de son pays exprime sa vive préoccupation par rapport au climat de violence qui règne dans  les deux régions camerounaises, Lawan Abba Gashagar ajoutera précisément : « Le Nigéria œuvre pour l’intégrité territoriale du Cameroun et ne saurait donc encourager les manœuvres de déstabilisation visant ce pays frère. (…) Le Nigéria ne saurait servir de base arrière aux activistes qui veulent déstabiliser le Cameroun. »

En l’état actuel de cette crise l’on ne saurait remettre en question la bonne foi du voisin nigérian. Surtout que, soulignent les officiels de ces deux pays, le Cameroun et le Nigéria se concertent de manière permanente sur des questions relatives à la stabilité de chacun des Etats et à leur coopération bilatérale.

Une frontière poreuse : la dure réalité

La réalité est tout autre. La fluidité des déplacements de personnes à la frontière nigéro-camerounaise est bel et bien un facteur important favorisant la dilution des terroristes au sein des populations installées sur le sol nigérian et avec qui les camerounais des régions anglophones ont quelques affinités linguistiques et culturelles. Notons qu’un accord existe entre le Cameroun et le Nigéria, qui dit qu’un camerounais peut, sans avoir besoin de visa, s’établir au Nigéria pour trois mois et vice-versa. Et, dans la mesure où la crise dans les deux régions anglophones a favorisé un afflux de réfugiés camerounais dans les villes nigérianes, les rebelles sécessionnistes utilisent un subterfuge bien connu : ils se fondent dans la masse des réfugiés.

Des informations dignes de foi font état de ce que les sécessionnistes recrutent pour leur armée sur la promesse de salaires confortables. Plusieurs réseaux de recrutement existeraient à Mamfe dans le Sud Ouest et dans les environs. Les recrues, jeunes de préférence, viennent grossir les rangs des assaillants qui commettent des attaques contre les forces de défense et de sécurité. C’est un mode opératoire désormais bien connu des forces de défense dont l’étau se resserre autour des terroristes gênés par la batterie de mesures sécuritaires depuis l’injonction présidentielle demandant que toutes les mesures soient prises pour mettre hors d'état de nuire les terroristes opérant dans les deux régions concernées.

Jean Bosco SIMGBA