Chronique: " l'idéal serait que Paul BIYA ne se présente plus en 2018". Joseph-Marie ELOUNDOU fait le bilan de 35 ans de transition.

Présidence de la République du Cameroun -sourcemisszeeee.word press.com)

Politique
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35 ANS DE RENOUVEAU

biya il y a trente ans

Paul Biya il y a une trentaine d'années (source 237 online)

La longue transition

En novembre 1982, lorsque Ahmadou Ahidjo passe les rênes du pouvoir à  Paul BIYA, rien ne laisse présager que 35 ans plus tard, le pays baignerait dans l’incertitude. On peut affirmer sans risque de se tromper que BIYA n’a géré que les crises.

Crise politique.

 En effet, l’euphorie n’aura duré qu’à peine deux ans. Dès avril 1984, une tentative de putsch vient troubler la belle ambiance de début de règne et c’est aussi le départ d’un autre type de gestion du pouvoir, fondé sur la phobie endémique du coup d’Etat. Le chef de l’Etat est pris en otage par l’armée qui prétend lui assurer la sécurité ad vitam æternam.

Tous les généraux de cette époque sont encore là. Ils ne vont jamais à la retraite. Cette situation n’a contribué qu’à créer le malaise dans une armée où des gérontocrates ont construit une barrière infranchissable aux autres générations d’officiers.

L’on en était encore à panser les plaies de cette douloureuse période au cours de laquelle des camerounais ont tiré sur d’autres camerounais que déjà, la gestion institutionnelle et politique du pays, jusque-là dominé par les lois d’exception, et le monopartisme, est appelé à plus d’ouverture. Un vent de « sédition » venu de la Baule souffle sur le continent. Le Cameroun n’échappe pas aux exigences de cette nouvelle ère ; le Social Democratic Front (SDF)  donne le ton à Bamenda. Il y a mort d’hommes et l’affaire prend donc une tournure dramatique. Le Parti au Pouvoir réagit par une marche mémorable contre la Démocratie. Peine perdue. La rue gronde.   Dès 1990 donc, des lois sur les libertés sont votées, le multipartisme proclamé. De multiples partis politiques voient le jour, de nombreuses associations également. Deux faits marquent profondément cette période : l’opposition prend d’assaut la rue et instaure les villes mortes qui contraignent le pouvoir à la tripartite, et l’élection présidentielle controversée d’octobre 1992, qui opposa John Fru NDI à Paul BIYA. On se souvient de la « victoire volée »

La crise politique déclenchée par la survenue du multipartisme n’a malheureusement pas débouché sur la démocratie intégrale tant souhaitée.

La crise économique.

Quant à la crise économique, elle arrive dans un contexte mondial caractérisé par des mutations d’envergure,  sur fond de bataille idéologique.

Une Crise dit-on, due à la chute des matières premières, qui va conduire le pays, dès la fin des années 80, dans les dédales des programmes d’ajustement structurel, commandés par les institutions de Breton Wood : Fond monétaire international, et la Banque Mondiale (FMI et BM).

Durant plus de deux décennies donc, les initiatives de politiques économiques endogènes sont quasi inexistantes. L’ajustement dont il s’agit vise en réalité trois objectifs :

 Premièrement, démanteler voire éradiquer les politiques de planification  au profit du libéralisme voire du néolibéralisme ;

 Deuxièmement, instaurer une gouvernance nouvelle, mettant en avant le secteur privé comme moteur de croissance ;

 Troisièmement améliorer la gouvernance.

A ce jour, le pays est toujours sous pilotage du FMI. L’Etat continue d’être fortement présent dans l’économie et le secteur privé n’est toujours pas le moteur de la croissance et la corruption est plus que jamais présente. La transition économique ne semble pas non plus être un succès.

La crise Morale

 La corruption, sur fond de détournements publics, a trouvé un lit douillet dans cet environnement et s’y est installée en maîtresse absolue. Par ailleurs, des injustices se sont multipliées dans tous les secteurs d’activité. Au fil des ans, le repli tribal a gagné du terrain au détriment de l’intégration nationale officiellement prônée. C’est dans ce contexte que survient la crise anglophone sur fond séparatiste.

La difficile alternance

 Force est de constater que 35 ans plus tard, c’est la grande désillusion. Ayant modifié la Constitution en son article 6.2 qui limitait à deux septennats les mandats présidentiel, Paul Biya est désormais seul à bord de cet avion en folie.

L’approche de l’échéance de 2018 et les incertitudes provoquées par l’attitude équivoque du Président de la République, Paul Biya, se présentera-t-il ou pas, jettent le trouble dans la sérénité du jeu politique dans le pays.

L’hypertrophie du RDPC, face à une opposition sans stratégie de prise du pouvoir, a faussé le jeu de la concurrence entre les partis pour se muer en une concurrence à l’intérieur même du parti dominant. Des batailles feutrées mais féroces s’y déroulent et font craindre un risque d’implosion voire de conflagration.

L’Etat des lieux : y a-t-il un pilote dans l’avion.

Plongée dans le tout politique, le Cameroun est entrain de s’embourber. La crise économique fortement campée sur la crise alimentaire rôde dans notre environnement et menace la survie de nos populations. Une minorité qui a amassé les trésors de guerre ne s’en rend pas compte. Elle a de quoi tenir en cas de.... Tandis que la majorité vit une angoisse existentielle permanente. Ce qui inquiète le plus c’est la dangereuse impression que le Président ne contrôle plus toute la stratégie de gestion de l’Etat. Certains actes posés et enregistrés ces derniers temps font penser à des tests voire des défis à son autorité. L’opposition politique continue d’avancer en rang dispersé.

 Le comportement de la bureaucratie qui, malgré l’opération épervier se livre à une rapine institutionnelle sans précédent fait penser à une débandade où le chacun pour soi dieu pour tous à pris le pas sur gestion rationnelle de l’Etat. Y a-t-il encore un pilote dans cet avion ?

L’attitude objective et responsable.

Toute attitude qui consisterait à dire que Paul Biya n’a rien fait, n’est pas crédible. Elle est très réductrice pour le débat à la fois politique, économique et social. La question la plus pertinente est celle de savoir si ce qui a été fait correspond à un programme prioritaire pour le pays ? Aux besoins des populations. En effet, lorsqu’on dit Paul Biya n’a rien fait, on vous répondra qu’il a construit des lycées et écoles, des hôpitaux et dispensaires, des routes, des ponts, des barrages, un port en eau profonde etc. Ce qui est élémentaire.

 Dans tous les cas, celui qui succèdera à Paul Biya ne prendra pas un pays à zéro.

Moi je pense que le pays a besoin d’une mise à niveau général : de la gouvernance stratégique, de la technobureaucratie, du secteur privé, de la jeunesse, des masses populaires. Et si Paul Biya pouvait ne plus se présenter, ce serait l’idéal.

Joseph Marie Eloundou