Benin, petit village gaulois qui faillit résister à Bolloré?

Au quotidien
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Tout le monde connait Vincent Bolloré, le très célèbre homme d’affaire français, le plus offensif d'Afrique.

Il achète tout ce qu'il veut sur le continent. Il investit même dans des secteurs plus subliminaux, en France et en direction de l'Afrique, tels que les médias.

Le groupe Bolloré dont il est le patron possède 15 ports en Afrique, des chemins de fer, des compagnies de fret et de transport. En France le groupe fait main basse sur les médias. Il a par exemple racheté le groupe Canal + dont il a progressivement viré tous ceux qui voulaient continuer à se sentir trop libres (exemple du petit journal de Yann Barthès) ou trop comiques (cryptage des guignols de l’info et renvoi de l’équipe de production).

Que ce soit en Afrique, en Europe et bientôt en Asie très peu lui résistent. Le patron du groupe sait pouvoir user de son influence et de ses relations dans le monde politique ici ou là-bas. Mais aussi de celles (relations) qu'il entretient soigneusement avec les chefs d'Etat Français depuis plusieurs décennies; l'entreprise familiale étant quant à elle présente sur le sol français depuis plus de deux siècles.

Ses méthodes, loin d'être orthodoxes font du patron du Groupe un individu à la fois craint et ahi du monde des affaires, tant il n'hésite pas à user de trafic d'influence. Nouveau visage de la France-Afrique, le groupe Bolloré écrase tout sur son passage (voir les liens vidéos en fin d’article). Que l'on soit au Cameroun, au Sénégal ou en Côte d'ivoire, le groupe semble être au-dessus des lois. Il existe cependant un petit pays qui refuse (un peu à l'image du petit village gaulois de Astérix et Obélix qui tente de résister à l'empire de César) désormais de céder à ses caprices: le Bénin.

Patrice Talon, Président Béninois (Crédit photo: DR via lemonde.fr)

En effet après plusieurs années de trop bons rapports entre Vincent Bolloré et le président Boni Yayi, le groupe français semble ne pas être dans les bonnes grâces du nouvel homme fort de Cotonou.

Alors que sous Boni Yayi des contrats clés (comme celui du chemin de fer) étaient littéralement arrachés aux hommes d'affaires béninois (Samuel Dossou), sous Patrice Talon les choses vont devoir changer (pour rappel, le groupe Bolloré avait investi dans la campagne de communication d’un des adversaires de Talon à la présidentielle, Sébastien Ajavon). D’après le mondafrique  du 24 Mai 2016 le président aurait déclaré : “Pour le rail, nous sommes tenus de trouver une solution qui relance le projet et qui respecte le droit de chacun. M. (Samuel) Dossou est dans son droit, il est béninois et je protège d’abord les Béninois.”

Et d’après APR-News du 19 Septembre 2016 il aurait déclaré quant au port de Cotonou : « Ce n'est pas avec quelques panneaux solaires, une aire de jeux et une poignée de Mini bus qu'il va me convaincre. [..]. Le Port de Cotonou n'est pas à vendre (concédé). Un port est le cœur d'une économie pour les pays comme le nôtre, on ne peut pas en confier la gestion complète à des occidentaux. Si besoin il y a, nous privilégierons des opérateurs nationaux ou africains. » Puis aurait ajouté : « Je ne critique pas ceux qui l'ont fait, mais nous non, en tout cas pas sous mon mandat. S'il veut être éligible il faudrait qu'il s'allie avec des nationaux qui pèseraient au moins 45%. C'est valable pour les autres. Il n'a pas financé ma campagne, je ne lui dois rien. »

Beaucoup ont applaudi après ces prétendues déclarations… Oui, « prétendues », car d’après un communiqué (laconique) des services de la communication de la présidence béninoise relayé par le site lanouvelletribune du 20 Septembre 2016 un démenti formel aurait été adressé à l’endroit du site le mondafrique (qui aurait révélé cette information) en ces termes :

« La prétendue déclaration du Chef de l'Etat, Patrice Talon, au sujet d'un opérateur économique étranger à propos du Port de Cotonou est une énième intoxication que les auteurs n'ont même pas pris la peine de revêtir de la règle basique en matière de journalisme, c'est-à-dire du lieu, du moment et de l'occasion. »

L’ascenseur émotif provoqué par cet enchainement information- contrinformation illustre bien le malaise que peut engendrer le sujet Bolloré au sein de la classe politique Africaine, tant l’homme est puissant et les Etats Africains fragiles. Bien dommage pour ceux qui auraient cru à une révolution des idées donc le Berceau serait le Bénin.

L’Afrique cherche toujours son nouveau guide et beaucoup ont bien failli croire que Talon était celui-là.

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