CAMEROUN/LA MALEDICTION DE LA MAL GOUVERNANCE

dossier spécial
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On peut dire sans risque de se tromper que dans la gestion institutionnelle et politique du Cameroun, les nominations occupent une place très importante dans le fonctionnement des hommes et  même de l’Etat. Les journaux parlés des médias audiovisuels publics sont donc une véritable messe pour la bureaucratie, pour quelques ambitieux du secteur privé, pour des hommes politiques négociant des postes auprès des pontes du régime membre du sérail. 13h et 17h sont donc des heures de très grande écoute, chacun espérant ce décret, véritable sésame pour « changer votre vie ». Avec l’avènement de l’opération épervier, ceux qui sont remplacés sont généralement de potentiels clients du Tribunal Criminel Spécial.

Elle est  tout de même étonnante une telle gestion du pays, fondé sur l’émotionnel et non sur une gestion des ressources humaines reposant sur un casting sérieux, une programmation, des job description bien structurés pour des objectifs à atteindre, des évaluations et des contrôles. Comment comprendre par exemple que c’est seulement après 16 ans de gestion, d’ailleurs souvent décriés notamment par la presse, 16 ans d’une gabegie visible, au regard de l’enrichissement scandaleux du DG, d’un train de vie de nabab, 16 ans après disions –nous, que l’on songe enfin à envoyer un contrôle d’Etat à l’ART. Avouons-le, il y a là au moins laxisme à défaut de complicité.

Ce qui est certain au regard de la loi sur les entreprises publiques et parapubliques au Cameroun, 18 ans à la tête d’une société d’Etat c’est illégal. Alors, face à un tel chapelet d’irrégularités - on n’est pas loin du dysfonctionnement- qui doit-on condamner ? Sur qui reposent les conséquences de cette gestion confuse et décousue de la chose publique ? Le Chef d’entreprise entre les mains de qui on abandonne une société d’Etat sans le moindre contrôle, au point de la confondre à son patrimoine, ou ceux qui gouvernent et gèrent les institutions.

Dans aucun pays sérieux, les choses ne se déroulent de cette façon! Cette manière de faire, qui ne semble gêner personne, bien que la loi soit foulée aux pieds, profite certainement à tous les acteurs de la chaine. Les organes statutaires, généralement inamovibles, les ministères de tutelle souvent complaisant, les conseillers du Chef de l’Etat nous semble-t-il sont à indexer en premier lieu. Voilà ce que dit la loi.

ARTICLE 49.- (1) Le directeur général est responsable devant le conseil d'administration qui peut le sanctionner en cas de faute grave de gestion ou de comportement susceptible de nuire à la bonne marche ou à l'image de l'entreprise. A cet effet, le président du conseil d'administration est tenu de convoquer une session extraordinaire au cours de laquelle le directeur général est entendu. Le conseil d'administration peut prononcer à son encontre l'une des sanctions suivantes : - la suspension de certains de ses pouvoirs ; - la suspension de ses fonctions, avec effet immédiat pour une durée limitée ; - la révocation. (2) La session extraordinaire ne peut valablement siéger qu'en présence de deux tiers (2/3) au moins des membres du conseil d'administration. La représentation n'est pas admise dans ce cas. Les décisions sont prises : - à l'unanimité des membres présents en cas de révocation ; - à la majorité des deux tiers (2/3) pour les autres sanctions. (3) En cas de suspension des fonctions, le conseil d'administration prend les dispositions nécessaires pour assurer la bonne marche de l'entreprise. (4) Les décisions sont transmises pour information au Ministre de tutelle technique et au Ministre chargé des finances par le président du conseil d'administration.

On voit bien que malgré les pertinentes dispositions de nos textes, l’on déplore toujours cette gestion hors la loi. La qualité des hommes est peut-être à interroger ? Le mode de casting, fondé sur la cooptation est certainement l’un des grands responsables du drame de gestion que vivent nos entreprises ; on ne peut ignorer la corruption pour coiffer tout cela.

La récurrence de ce comportement institutionnel délictueux, qui s’apparente de plus en plus à une pandémie, a contaminé tout le système gouvernant au point qu’on a l’impression que tout le corps managérial local, généralement trié dans la bureaucratie gouvernante est frappé du sceau de la mal gouvernance.

Espérons que les nouveaux venus dans l’arène CAA, LABOGENIE, MATGENIE, ART viendront gommer la malédiction de la malversation qui frappe notre élite gouvernante.

Joseph Marie Eloundou