CAMEROUN/DIEUDONNE ESSOMBA : A PROPOS DE LA RESIDENCE DE L’ANCIEN DG DU BUDGET ANTOINE SAMBA (PART II)

dossier spécial
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LE PROBLEME BETI. 

Mais que va-t-il se passer quand une autre communauté prendra le pouvoir et que ces possibilités virtuelles ou réelles qu’on leur attribue aujourd’hui vont disparaître ? Que vont faire les Betis?

Les Betis ont soi-disant le pouvoir et contrôleraient de ce fait les entreprises d’Etat, les postes ministériels et les postes de pouvoir. Cela leurs donneraient la latitude de recruter les leurs.

Cette question est centrale pour le devenir des Betis et la paix au Cameroun. Aujourd’hui, la seule opportunité d’emploi décent qui se présente à un jeune Beti est un strapontin dans l’administration publique et des appendices de l’Etat (sociétés organismes, mairies). Ils n’ont rien d’autre. Comment ne pas voir cette énorme fragilité de la communauté ? Le moindre recrutement fait l’objet des récriminations venant de partout, le dernier cas étant Atangana Kouna qui a cru devoir recruter un peu plus les Betis pour travailler dans les zones Beties : il a été pratiquement pendu sur la place publique.
Qu’est-ce que cela donnerait si le régime qui succède à Biya leur rappelle, à juste titre, que le Cameroun ne leur appartient pas et qu’ils doivent à leur tour laisser les places aux autres ? Que feront-ils alors ? Sans les maigres strapontins de l’administration publique, et sans la moindre unité productive moderne, qu’est-ce qu’ils vont faire ?

On ne peut pas continuer comme cela. L’époque où les Betis pouvaient vivre sur le dos d’un Etat bâti sur le modèle colonial qui offrait un strapontin à ses diplômés est totalement révolue. Cet Etat est totalement débordé par rapport aux espérances des Betis et à leur manière d’être.

Quand l’élite gouvernementale Betie tient le discours sur un secteur privé qui résoudrait le problème d’emplois de leurs jeunes frères, on est en droit de se demander à qui elle pense en particulier. Elle-même n’a prouvé nulle part ses capacités à créer un secteur privé, nonobstant les immenses sommes qu’elle a distraite légalement ou non de l’Etat postcolonial pour les dilapider dans des villas de marbre dont l’utilité économique est totalement nulle, des grosses limousines, sans compter un mode de vie somptuaire faite de champagne et de ketchup.

Et la résidence de Samba montre jusqu’au grotesque cette terrible réalité. Comment imaginer qu’on puisse enterrer des sommes pareilles, même légalement acquises, juste pour des besoins de démonstration, alors qu’à Yaoundé, en plein cœur beti, on ne voit aucun investissement d’importance appartenant à cette communauté ? Aucun hôtel aucune université privée, aucun immeuble commercial, aucune boulangerie, rien ! Rien, même dans les secteurs accessibles aux Camerounais ! Absolument rien ! Maintenant, quand cette élite parle d’un privé qui va recruter leurs petits frères, ce privé viendra d’où ? Donc, les jeunes Betis iront profiter des efforts des Bamileké et des autres ?

En vérité, les élites Beties se prépare à embarquer la communauté dans une sale histoire de confiscation du pouvoir, en lui brandissant comme argument la marginalisation si elle ne les soutient pas dans leur folle tentative. C’est un jeu malsain et extrêmement dangereux que les gens d’Ahidjo avaient joué et avaient perdu. Comme les hommes n’ont pas d’intelligence, ni de mémoire, c’est le même jeu que les Betis qui sont autour de Biya croient pouvoir jouer, mais ils vont aussi échouer : la succession de Biya se fera dans les normes et la Communauté ne suivra pas son élite dans cette folie.

Le seul enjeu des Betis reste uniquement l’existence d’un Etat fédéré. Il s’agit d’un impératif de survie pour trois raisons centrales :

-un moyen de ménager en permanence des emplois publics, sans avoir à subir les rebuffades ou être poussé à des confrontations avec le nouveau régime,

-un cadre où exprimer pleinement leur culture, en promouvant une administration en sa langue ;

-une possibilité de créer un secteur productif qui leur pourvoit en emplois qu’ils ne peuvent obtenir autrement, car un Etat Beti ne s’empêcherait pas de créer des Hôtels publics et de faire au nom des Betis ce que l’élite a refusé de faire individuellement.
Car le Beti aime être salarié avec un bon salaire. C'est comme cela qu’ils sont et personne ne va les changer et personne n'a même pas le droit de les changer : on ne développe pas les gens en violant leur nature profonde. Pourquoi les forcer à épargner pour investir ? Ils ne sont pas obligés ! Par contre ils doivent avoir une institution qui le fait à leur place !

Tout en encourageant les résidents capables d’investir, cet Etat va lui-même construire des Hôtels de haute classe, des Ecoles spécialisées, des cacaoyères géantes, des caféières gigantesques, tout cela pour répondre à leurs besoins d'emploi moderne. L’Etat du Cameroun a bien commencé à le faire dès 1960, mais il a été entravé par sa mauvaise gouvernance et il est maintenant muselé par ses maîtres occidentaux auxquels il obéit comme le parfait caniche qu’il est. Mais on ne peut nier le fait évident que s’il n’avait pas créé ces structures, le Cameroun n’aurait rien du tout.

Un Etat Beti dans un grand Etat camerounais est une question de vie ou de mort pour les Betis. Si les Betis ne comprennent pas la nécessité de cet Etat, ils sont perdus.

En m’adressant aux Betis, c’est davantage pour les sensibiliser sur les enjeux de la forme de l’Etat, sur les fausses espérances que leur miroite l’élite néocoloniale et sur les menaces qui pèsent sur le Cameroun et dont ils peuvent se rendre des vecteurs sans s’en rendre compte.

Mais ce discours s’adresse à tous les Camerounais, puisque tous les segments communautaires reproduisent les mêmes préoccupations. Toutes les Communautés camerounaises doivent réclamer leur Etat dans cet ensemble unitaire qui étouffe, qui étrangle, qui rabote, qui nivelle et qui n’apporte rien d’autre que les conflits et la haine. L’ennemi mortel du Cameroun est donc l’Etat colonial qui se revêt du manteau d’un Etat normal centralisé alors qu’il n’en est qu’un travestissement. Le problème anglophone nous donne l’occasion pour mettre fin à cet ordre des choses.

Les Betis doivent réclamer un Etat fédéré dans un ensemble fédéral. Ces histoires d’Etat un et indivisible est un piège à cons pour tous les Camerounais, et si les Camerounais y persistent, ils en verront les conséquences de leurs propres yeux.

Dieudonné ESSOMBA