Cameroun/Climat des affaires: le rôle des Banques

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Le secteur financier camerounais a connu des bouleversements majeurs avec l’avènement des microfinances que nous n’hésitons pas à appeler les banques indigènes.

Il y a quelques années, avoir un compte bancaire relevait de la métaphysique. C’était une affaire de privilégiés. L’ouverture d’un compte était en effet assujettie à des conditions insurmontables pour le commun des mortels.

Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir que les banques dites de premier ordre, enfermées dans des comptoirs vitrés, qui ont longtemps dicté leur loi et que l’on retrouve devant des perceptions des points mobiles, supplient presque les fonctionnaires de l’Etat de venir ouvrir un compte-là,  en plein air. Force est de reconnaître que les microfinances ont joué un rôle prépondérant dans le changement des comportements de ces banques dites de premier ordre.

De quel ordre s’agit-il ?

L’occasion est ainsi donnée d’interroger cette notion de Banque de 1er ordre. De quel ordre  s’agit-il ? A regarder de près le fonctionnement du système financier, en quoi sont-elles de 1er ordre alors qu’en réalité elles sont dernières en tout.

Ce sont des institutions fainéantes, de véritables rentières, des parasites qui vivent largement grâce aux dépôts et aux frais de tenue des comptes. Toutes les grandes entreprises d’Etat y ouvrent leur compte et y logent leurs fonds ; tous les projets de l’Etat également.  Les comptes des fonctionnaires sont prioritairement ouverts dans ces banques dites de 1er ordre pour héberger les salaires. Rien qu’avec les frais de tenus de compte qui s’élèvent minimum à 5000 FCFA, ces banques couvrent leurs charges fixes : salaires de leur personnel et loyers. Avec des chiffres d’affaires de plusieurs milliards de fcfa.

 On comprend aisément qu’elles ne s’empressent pas d’octroyer de crédits à long terme, généralement destinés à l’investissement. Par contre elles excellent dans le découvert et le crédit scolaire qui sont remboursés automatiquement à chaque salaire. Dans un contexte où l’Etat camerounais veut attirer les investisseurs, si les banques ne jouent pas leur rôle de financement de l’économie à fond, ceux-là (les investisseurs) n’afflueront pas.

Le déficit de la balance commerciale

L’un des problèmes qui plombe profondément la bonne marche de notre économie est le déficit (abyssal) de sa balance commerciale ; ce qui signifie que nous sommes endettés par rapport à notre commerce extérieur. Plus simplement, cela signifie que nous consommons plus que nous ne produisons. Le Cameroun voudrait s’appuyer par exemple sur son agriculture pour devenir émergent mais ces Banques de 1er ordre pourtant réputées surliquides ne peuvent pas financer un mètre carré de tomates. Elles préfèrent financer les achats d’automobile, et autres importations, accentuant ainsi le déficit du commerce extérieur. Un pays dont la balance commerciale est déficitaire n’attire pas les investisseurs.

L’arnaque des cautions de soumission

Par ailleurs, l’Etat est le plus gros investisseur à travers les marchés publics. Les banques de 1erordre ne préfinancent pas les marchés publics mais c’est elles qui les cautionnent. En effet, l’une des conditions pour soumissionner à un marché public est la production d’une caution par une banque de 1er ordre. C’est ici que se joue la plus grosse esbroufe du secteur financier au Cameroun. Le mécanisme est le suivant : chaque micro finance, quel que soit sa taille, est tenue d’ouvrir un compte dans une banque du 1er ordre. Elles servent en fait d’interface entre les prestataires et la banque de 1er ordre. Ainsi le prestataire est pénalisé 2 fois. Il paie auprès de la microfinance qui le facture pour cette opération, pour son propre compte et pour celui de la banque du 1er ordre. Pire la caution de soumission vaut engagement ; c’est-à-dire que dès que l’on vous accorde la caution, on débite votre compte, et les intérêts se mettent à courir, alors même que vous n’avez pas reçu d’argent. Ainsi, que vous ayez gagné le marché ou non vous êtes redevables. D’autant plus que la procédure de retrait de la caution est une vraie nébuleuse. Cela peut prendre 6 mois, voire un an pour que les effets de la caution s’estompent. Cependant ce sont  les microfinances qui soutiennent les prestataires nationaux tandis que les banques du 1er ordre ne financent que les multinationales.

La traite des microfinances ou banques indigènes

L’attelage est conçu tel que les microfinances travaillent à engraisser les banques de 1er ordre. D’autres opérations telles que les remises de chèques et les virements destinés aux microfinances transitent forcément par les banques de 1er ordre. Une microfinance ne peut émettre un chèque en faveur d’une autre microfinance. Les microfinances, de plus en plus nombreuses prennent des risques énormes mais ne disposent pas d’une centrale de risques. Pourquoi ? 

Pourtant tous, microfinances et banques de 1er ordre reçoivent  un agrément de la COBAC. Où réside la différence ? Au regard de toutes ces réalités, il appert que les microfinances jouent le rôle des banques de 1er ordre mais sont sur le plan de la considération institutionnelle complètement marginalisée. Le Gouvernement, s’il veut booster la production nationale, doit prendre des mesures contraignantes pour que ces Banques jouent leur rôle et que les microfinances trouvent leur véritable place, au regard de leur implication dans le financement de l’économie.

Le rôle des agences de notation

Un réflexe de défensive anime le gouvernement, toutes les fois que le pays se trouve confronté à la réalité des notes ou des rangs que l’on attribue à ce pays phare de l’Afrique Centrale. C’est là une attitude puérile d’un enfant entrain de revendiquer systématiquement les notes que lui attribuent ses différents professeurs. Certains vont plus loin et excipe qu’il s’agit là d’un complot contre le Cameroun.

Les agences de notations évaluent la situation économique des acteurs économiques, tels que les sociétés mais également les Etats, et fournissent ainsi des renseignements précieux aux investisseurs sur les marchés. Entre autres, elles établissent des notes censées rendre compte de la solvabilité de potentiels emprunteurs. Ces notes, attribuées notamment aux pays, vont du triple A (AAA) qui signifie que le risque est quasi nul aux notes C ou D - selon la nomenclature adoptée par chaque agence -, correspondant à une situation de faillite de l'emprunteur.

Pour financer leur déficit, les Etats vont chercher les fonds manquants sur le marché obligataire. Ils diffusent des coupons ou bons du trésor (bunds), dont le taux varie suivant le risque encouru par l'établissement financier prêteur qui peuvent être des établissements financiers (banques, assurances) ou bien des Etats.

Plus la note est élevée, plus les taux d'intérêts demandés à l'emprunteur seront faibles et donc avantageux. Plus la note (le fameux rating) se dégrade, plus les taux grimpent. L'emprunteur aura donc à rembourser, malgré une situation économique dégradée, à des taux plus importants. C'est ce qui se passe aujourd'hui dans les pays européens les plus endettés comme la Grèce, l'Irlande ou le Portugal.

  • Qui sont-elles ?

Les agences de notation sont nées aux Etats-Unis dès la fin du XIXème siècle, les investissements colossaux de certaines entreprises américaines amenèrent leurs créanciers à faire évaluer les risques liés aux crédits qu'ils consentaient. Aujourd'hui, deux leaders mondiaux se partagent l'essentiel du marché de la notation financière : Moody's et Standard & Poor's.

On retrouve juste derrière ces mastodontes, l'agence Fitch Ratings, propriété du Français Marc Ladreit de Lacharrière. En 1994, une petite nouvelle s'est fait une place sur le marché : l'agence chinoise Dagong dont l'influence reste cependant moindre que celle de ses concurrentes américaines.

  • Les agences critiquées

Souvent accusées de souffler le chaud et le froid sur les marchés financiers et de produire des prophéties qui "s'auto-réalisent", de nombreuses voix s'élèvent contre ce système de notation financière.

Dans le sillage de la crise de 2008, des erreurs commises par ces agences ont été dénoncées. Moody's avait par exemple attribué la meilleure notation possible à des produits financiers complexes, largement mis en cause dans la crise des subprimes. L'agence américaine avait par la suite expliqué que ces erreurs étaient dues à un problème informatique.

 

Par la suite, c'est dans un contexte de crise des dettes des Etats que le poids de l'avis des agences de notation est contesté. La Grèce en a été un bon exemple : sa note ayant été très fortement dégradée par les agences de notation, elle s'est retrouvée à devoir emprunter à des taux prohibitifs, ce qui l'entraine dans une spirale d'endettement.