Cameroun: Enlisement de la crise anglophone, le gouvernement camerounais accuse le coup après l’enlèvement du sous-préfet de Batibo

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En enlevant dimanche 11 février 2018 le Sous-préfet de Batibo, les rebelles sécessionnistes pourraient avoir franchi un nouveau palier dans le conflit qu’ils ont engagé contre le pouvoir central de Yaoundé. Après une relative accalmie, une nouvelle flambée de violence vient d’être enregistrée dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

L’on aurait pu penser que les attaques des rebelles contre les symboles du pouvoir cesseraient ou tout au moins diminueraient après la décapitation de leur mouvement, traduite par l’arrestation le 05 janvier 2017 au Nigéria et l’extradition plus tard à Yaoundé de Sisiku Ayuk et 43 affidés de ce mouvement. Le weekend qui vient de s’écouler, contre toute attente, nous a ramené à la réalité d’une crise qui, loin de s’achever, vient d’ouvrir une nouvelle page dans la lutte que les rebelles sécessionnistes mènent contre le pouvoir, ses symboles et représentants. Plus grave, ils n’hésitent plus à s’attaquer aux représentants locaux du pouvoir, comme le Sous-préfet de  Batibo, M. Marcel Namata Diteng, enlevé le dimanche 11 février 2018, en pleine célébration de la 52e fête de la jeunesse qu’il s’apprêtait à présider dans cette localité située à une vingtaine de kilomètres de la ville de Bamenda.

En décidant d’enlever le représentant local du pouvoir à Batibo à un moment aussi important de la vie nationale, nul doute que les rebelles ont voulu marquer les esprits. Dans les rangs du pouvoir d’abord, pour lui dire qu’en dépit de l’arrestation de ses leaders, le mouvement conserve des capacités de nuisance importantes ; chez les populations locales ensuite, pour leur dire qu’aucune mesure sécuritaire n’offre assez de garantie, n’est assez rassurante pour personne (le pouvoir, ses symboles, ses représentants locaux, y compris les populations qui s’opposeraient ou n’adhèreraient pas à leur cause) ; enfin, le choix du jour de la célébration de la fête de la jeunesse, présidée par l’autorité administrative locale n’est pas anodin. L’événement rassemble annuellement une très grande population, jeune surtout, et les autorités administratives locales à l’occasion d’une grande parade sur la place des fêtes.  

Et comme première conséquence, le défilé du 11 février marquant la célébration de la fête de la jeunesse n’a pas pu se dérouler à Batibo. Comme les rebelles assaillants l’avaient certainement voulu. La voiture du Sous-préfet a été retrouvée calcinée, lui-même étant porté disparu depuis lors, enlevé par des ravisseurs qui pourraient appartenir à la branche armée du mouvement séparatiste, appelée "Ambazonian Defence Forces" (ADF). Son leader, un certain Lucas Cho Ayaba, a affirmé sur les réseaux sociaux que ses éléments avaient "capturé" le Sous-préfet (recherché).

Monnaie d’échange ? Négociations futures ?

Du côté du pouvoir, on accuse le coup. Aucune déclaration publique jusqu’à ce jour sur cet enlèvement, même si devant la barbarie habituelle des rebelles sécessionnistes, on peut craindre le pire, et ce d’autant plus que de nombreux appels à « tuer le prisonnier » en représailles aux "exactions de l'armée coloniale" ont été postés dimanche et lundi sur les réseaux sociaux par des séparatistes. Les recherches lancées par l’armée camerounaise depuis lors dans la zone de Batibo se poursuivaient encore ce mardi 13 février pour retrouver M. M. Marcel Namata Diteng.

Il est à craindre que cet enlèvement marque le franchissement par les rebelles sécessionnistes d’un nouveau palier dans le conflit contre le pouvoir central de Yaoundé : celui où l’on pourrait voir les séparatistes tenter d’utiliser les personnalités enlevées comme monnaie d’échange dans les négociations futures. Pour l’instant, l’on en est pas encore là, d’autant plus que Yaoundé ne montre jusqu’ici aucune disposition pour des négociations avec ceux qui ont pris les armes pour lutter contre la patrie, et continuent de harceler les forces de l’ordre déployées pour assurer la sécurité dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

L’on apprend ainsi des sources du commandement militaire camerounais que 23 assaillants ont été tués par les forces de sécurité dimanche à Kembong (Sud-Ouest) dans une attaque qui a coûté la vie à trois gendarmes. De même, une attaque de séparatistes a eu lieu dans la nuit de dimanche à lundi au poste de gendarmerie d'Ekok, toujours dans le Sud-Ouest, à la frontière avec le Nigeria, selon la même source. Des éléments du Bataillon d'intervention rapide (BIR) et de l'armée camerounaise ont "mis en déroute les assaillants".

Jean Bosco SIMGBA