Cameroun-économie : Comment tirer profit des Accords de Partenariat Economique

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Il ne fait pas de doute pour les observateurs avertis de la scène économique, que les Accords de Partenariat Economique (APE) surviennent dans un environnement économique peu préparé à les héberger. D’abord, il est bon de signaler que sur le plan de l’orthodoxie, ces Accords heurtent quelque peu l’idéologie du libre échange, fondement de la doctrine libérale et néolibérale. En jouant sur les tarifs douaniers, au détriment des autres zones économiques.

Toutefois, lorsqu’on observe le marché, il est constant que les produits asiatiques sont les plus présents sur nos marchés. L’Asie exploite donc magistralement le niveau du pouvoir d’achat dans nos économies et nous apporte la pacotille, ce qui est au niveau du portefeuille de la majorité. La question douanière leur importe donc peu ou prou. Même au niveau technologique, c'est-à-dire de l’importation des machines, les produits européens exigent des normes aux standards très élevés, qui continuent de coûter très cher, malgré des tarifs douaniers de faveur.

Autre remarque, les APE arrivent dans une économie où le secteur manufacturier est complètement fragilisé par la présence sur le marché, de la brocante, la friperie européenne et la « pacotille asiatique ».

L’environnement des affaires est dominé par le visa incontournable d’une bureaucratie corrompue et affairiste, dont les actions d’immixtions plombent l’initiative privé.

Un environnement dans lequel, le secteur bancaire n’est point structuré pour soutenir le secteur privé, notamment les PME locales. Où 56% de l’économie sont entre les mains des étrangers ; 31% entre les mains de l’Etat, et 14 % entre les mains d’un secteur privé dont l’activité est portée vers les services.

Une économie duale avec d’un côté, un secteur urbain et de l’autre, un secteur rural dont les acteurs sont abandonnés à eux-mêmes, marginalisés, se dopant avec du mauvais whisky en sachet, incapable de manger trois fois par jour.

Une économie urbaine elle-même, dominée par un secteur informel massif- près de 75% de l’économie- un système de débrouillardise hyper développé.

Esquisse de thérapie.

Un tel tableau, n’augure pas de bonnes perspectives pour les APE. Nous ne bénéficierons pas des effets souhaités à travers la signature de ces Accords dans un tel environnement. Toutefois,  nous pouvons changer de trajectoire à travers des réformes et un accompagnement pragmatique du secteur privé.

Quelques suggestions.

1-      Interdire l’importation de la friperie, de la brocante et de toute cette pacotille dont les technologies de fabrication sont à la portée des entreprises locales. On pourrait ainsi favoriser la signature d’Accords de Partenariat avec les grandes firmes asiatiques qui envahissent nos marchés. Les politiques de Zones franches et de création des zones économiques prendront alors tout leur sens.

2-    Les entreprises importatrices, doivent devenir des exportatrices et s’arranger pour exporter au moins l’équivalent de ce qu’elles importent en termes de chiffre d’affaires.

3-     Les entreprises qui importent une matière que l’on peut produire sur place, notamment sur le plan agricole, doivent initier et soutenir l’exploitation locale de ces inputs.

4-    Réformer la politique de financement de l’économie en mettant un accent particulier sur le secteur bancaire. Ainsi, prendre des mesures pour que les banques de 1er ordre se démarquent de leur posture rentière, pour une attitude plus dynamique.

5-     Donner leur autonomie aux microfinances afin qu’elles ne dépendent plus de la BEAC ; qu’elles aient leur centrale de risques ;

6-    Rechercher par une prospection bien élaborée, les secteurs dans lesquels nous pouvons avoir un avantage comparatif et compétitif

7-     Une diplomatie nouvelle de conquête, un marketing institutionnel dynamique et une communication stratégique en direction du marché européen doit

8-    La douane doit alors, retrouver son rôle principal de protection de l’espace économique, en traquant la contrebande et taxant très lourdement tout contrevenant.

Joseph Marie Eloundou