Dossier spécial : Comment stopper le phénomène de l’immigration

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De tout temps, l’homme est un être migrant. La mobilité fait partie de ses instruments de survie. Même à l’intérieur d’un Etat, nous sommes tous des migrants, en termes de mouvement d’un espace géographique à l’autre, à la recherche de nouvelles opportunités.

Depuis les temps, immémoriaux, l’homme s’est toujours déplacé pour plusieurs raison. La découverte des continents, les colonisations et autres sont des résultantes des migrations. L’Amérique elle-même est la résultante de moult formes de migrations. Les Etats modernes s’organisent d’ailleurs dans le cadre de migrations choisies. La Silicone Valley aux Etats unis d’Amérique, l’importation d’ingénieur en Allemagne sont de parfaites illustrations de l’intérêt économique dans les stratégies de développement du phénomène des migrations.

Le problème réside donc, non point dans le fait de se déplacer et les conséquences du non respect des règles internationales, ce qui se traduit par les migrations illégales. C'est-à-dire que les Etats se sont organisés pour des raisons diverses liées notamment à leur sécurité intérieure ou encore aux politiques économiques à organiser les mouvements des hommes sur la planète. Il y a donc des instruments tels que le passeport par exemple, qui vous identifie hors de votre pays et il y a le visas qui vous donne l’autorisation d’entrée ou de sortir d’un territoire. Chacun fixant les règles d’entrée ou de sortie à sa convenance.

L’on peut cependant observer que ces règles obéissent très souvent à l’histoire des relations entre les Etats. Les éléments comme la culture (langue et religion), l’économie (appartenance à une même zone monétaire), l’histoire (la colonisation), entrant fortement en compte dans l’élaboration des politiques. Ainsi y aura-t-il un penchant (jusqu’à une époque récente tout a moins, pour les camerounais d’expression anglaise de se rendre aux Etats Unis ou en Grande Bretagne, tandis que ceux d’expression française préfèrent la France. Il est vrai qu’avec l’avènement de l’Euro et l’harmonisation des politiques dans les pays membres, l’on recherche tout simplement le Schengen pour pouvoir circuler dans tous les pays membres.

Lorsque le monde connaît une relative prospérité, le problème se pose avec moins d’acuité. Depuis près de trois décennies que le monde est entrée dans la tourmente de multiples crises à la fois structurelle, conjoncturelle, sécuritaire et même morale. L’aggravation du chômage des jeunes dans les économies africaines en particulier, a donné un coup d’accélérateur au phénomène et les migrations de cette catégorie sociale tout sexe confondu ont pris un rythme exponentiel, accéléré par le phénomène de la mondialisation, soutenu par la révolution communicationnelle imprimée par les NTIC. Les gouvernants du monde en réalité sont pris de court par le phénomène. Quand on ajoute à cela les désordres provoqués par la Communauté internationale qui impose des révolutions violentes sans proposer des thérapies conséquentes, on commence à comprendre le virage dramatique qu’a pris le phénomène.

QUELLES SOLUTIONS

La problématique des modèles institutionnelles et politiques revient forcément au devant de la scène.  La question à laquelle il faut apporter une réponse ici est pourquoi retrouve-t-on le même problème dans la plupart des pays d’expression francophone ? On peut au regard de la transversalité du phénomène, les Etats qui ont hérité du modèle institutionnel hyper centralisé, avec des relents autocratiques, sont exposés au déficit d’exploitation de leur potentialités nationales. Car toute la gestion du pays repose pratiquement sur un seul homme. Tenez, même la Côte d’Ivoire pourtant en pleine croissance fait face à ce problème. Ceci peut aussi signifier que la notion de croissance ici ne rend pas assez compte des défaillances du modèle économique qu’elle soutient. C’est d’ailleurs pour cela que de plus en plus on lui colle l’épithète de croissance inclusive. Le modèle économique est également à interroger. Maintenant sur tout un autre plan, celui de notre histoire, qui fait de nous d’éternels colonisés, si bien qu’aller en Europe constitue un projet dans lequel on est prêt à mettre d’importante somme d’argent voire même, dans le cas d’espèces, affronter toute sortes d’obstacles parfois au risque de sa vie.

Nous devons donc faire le constat de l’échec des modèles qui nous inspirent maintenant depuis près de six décennies.

1-     le modèle institutionnelle et politique doit être revu dans le sens d’une décentralisation intégrale.

2-   Le modèle économique doit se rapprocher fortement de l’économie solidaire ; créer un véritable marché africain ; bâtir un puissant tissu industriel africain car, en réalité, les jeunes qui s’en vont courent après les plus values des produits exportés brutes(pétrole, cacao, café, or, diamant, tungstène, etc.)  qui eux, entre sans visas en Europe

3-   Il faut revoir les programmes scolaires, faire l’apologie de nos valeurs, faire connaître nos ressources ;

4-   les hommes politiques et la société civile doivent changer de discours et se porter vers plus de nationalisme africain

5-    supprimer les visas en Afrique noire (ou en Afrique tout court)

6-   Le modèle démocratique doit être revisité, surtout dans le sens de la démocratisation des biens et services

7-    Les mutations de la géopolitique avec la montée de nouvelles puissances régionales doivent emmener nos Etats à une véritable diversification des productions et des partenaires commerciaux.

Joseph Marie Eloundou