ESCLAVAGE EN LIBYE : Une analyse fondée sur la géopolitique. Par Joseph Marie Eloundou

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Toute l’Afrique noire, la jeunesse en particulier est traumatisée depuis quelques semaines par une information persistante, faisant état de ce que de jeunes immigrants en provenance de l’Afrique subsaharienne, font l’objet d’un odieux trafic. Ils sont vendus pour de multiples utilisations (usages) prostitution, travaux forcés trafic de leur organes etc.

Evidemment, chacun y va de son tempérament, de son émotion. A côté des manifestations lancées depuis Paris par Claudy Siar, reprise dans plusieurs autres pays d’Afrique, les appels des artistes et de leaders de la société Civile et des politiques ; l’on a observé quelques frémissements au plan diplomatique, au Mali, au Niger notamment. Puis l’on annonce que la question sera à l’ordre du jour lors du Sommet de l’UA/UE prévu à Abidjan le 30 novembre 2017.

Bien entendu, très rapidement, l’on a attribué la faute à nos chefs d’Etats avec leur gouvernance chaotique. Certes la gouvernance de nos Chefs d’Etat n’est pas des plus saines mais tout de même, des causes liées à l’histoire et à la géopolitique peuvent également expliquer le phénomène.

René Dumont dans son célèbre ouvrage, l’Afrique noire est mal partie, tirait déjà la sonnette d’alarme dès les premières années des indépendances et je le paraphrase : « si rien n’est fait, l’occident deviendra un îlot de prospérité dans un océan de misère ».

Depuis la colonisation en effet, l’Afrique est réduite au rôle de réservoir des matières premières. L’Europe s’est ainsi construite par le pillage systématique des autres continents et notamment de l’Afrique.

Après les pseudos indépendances, l’exploitation s’est systématisée. L’on a assassiné tous les nationalistes et préservé des hommes liges au service de l’occident. Toutes les matières premières stratégiques (pétrole, uranium, manganèse,…bois, cacao, café, thé, coton…) sont exploitées au profit de l’occident, à travers ses firmes multinationales, financées à coût de milliers de milliards de dollars ou d’Euro, soutenues par une diplomatie de l’intimidation et la menace militaire.

Tant que notre démographie n’était pas forte, cela ne posait aucun problème et l’on se contentait des miettes de l’aide au développement. Aide qui provenait en réalité de nos propres ressources. Personne n’a vu l’historique des comptes d’opérations.

 Avec l’explosion du boom démographique et l’avènement d’une jeunesse dynamique, instruite et de plus en plus exigeante, la donne a complètement changé.

Par ailleurs, l’occident, longtemps adossé sur ce coussin de sécurité coloniale et néocoloniale, voit sa rente de situation s’amenuiser avec la montée de nouvelles puissances ; notamment les pays du BRIC qui s’imposent désormais comme contrepoids sur l’échiquier politique et stratégique international.

Subitement dans cet inconfort géopolitique, l’occident tente de redessiner la carte du monde. Le prétexte pour la reconquête de son hégémonie mondiale est la démocratie avec ses chapitres que sont les droits de l’homme et la doctrine libérale. Tous ceux qui lui résistent sont menacés de déstabilisation, puis d’occupation par ses instruments de domination que sont l’ONU, les Institutions de Breton Wood et tout le système financier mondial. D’autres concepts bien qu’informels tels que la « communauté Internationale », véritables fourre-tout, se substituent volontiers à l’ONU pour perpétrer de l’ingérence, sous le couvert de l’humanitaire. Cas de la Libye.

Cette volonté de domination et de puissance de l’occident, si elle trouve un terreau fertile en Afrique se heurte cependant à des résistances notamment de l’extrémisme religieux, qui se muent en extrémisme tout court, prenant la forme horrible du terrorisme international.

L’Occident a réussi à déstabiliser l’Afrique du Nord à travers les « printemps arabes » qu’ont connu la Tunisie, l’Egypte, le Maroc et l’Algérie ayant de justesse échappé à la bourrasque. La Libye quant à elle à tout simplement été saccagée par les bombardements de l’OTAN, le Guide Libyen lâchement assassiné par cette communauté internationale, sur le sol africain et le regard impuissant des fils du continent, parfois même avec leur complicité.

Le départ de Kadhafi et l’anarchie que l’on a installé pour mieux voler les ressources pétrolières sont la cause majeure de ce que nous vivons en Libye.

L’accentuation du phénomène de l’esclavage s’explique en grande partie par la destruction de la Libye et l’assassinat du GUIDE. En effet, lorsque le pays prospérait, il absorbait lui-même une grande partie de ces migrants qui trouvaient ici du travail. C’était une main-d’œuvre utile pour l’économie  du pays.

Aujourd’hui, la Libye en réalité est un non Etat. Les Ambassades devant lesquelles nous allons versé nos larmes ne sont en réalité que des épouvantails. Nous sommes en plein anarchie et c’est cela qui favorise et encourage la grande criminalité que l’on y observe. Croyez-vous vraiment que c’est maintenant que les occidentaux découvrent ce phénomène ? Moi j’en doute. Ces migrants ne sont pas désirés en Europe.

Un adage de chez nous dit de ne pas regarder le lieu de la chute, cherche plutôt où tu as trébuché.

Cessons de pleurnicher

Exiger que cette vente de jeunes africains soit classée comme « catastrophe » et non seulement « crime » humanitaire et que les forces onusiennes interviennent pour libérer tous les migrants détenus concomitamment avec une minutieuse enquête ?

Je le dis depuis des années, cessons de pleurnicher. Construisons un rapport de force. La première démonstration de force serait que toute la diaspora rentre pour construire le continent. Concrètement une fois par ans des experts sectoriels africains viennent renforcer les capacités et booster l’émulation créatrice à travers des Ateliers africains de renforcement des capacités.

Nous sommes trop dépendant financièrement. Mettre l’accent sur l’économie solidaire en impliquant directement les entreprises. Il s’agit en fait d’innover dans le mode de financement des projets jeunes.

Nous pouvons donc créer par certaines approches novatrices un véritable fonds  africain de développement avec les ressources provenant du pétrole, du cacao, de l’or, etc.

Au plan politique, nous devons jeter les jalons d’une véritable confédération africaine.

 

Joseph Marie Eloundou