La montée des égoïsmes économiques: Quand les africains détruisent leurs propres richesses

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En Afrique, en Europe et au Moyen-Orient, la fièvre indépendantiste gagne du terrain, poussée par des revendications à caractère nationaliste. De nombreux pays sont concernés. Le tout sur fond d’égoïsme économique.

Rafraichissons nos mémoires. Il y a quelques années, intervenaient deux séparations dans deux pays africains qui ne furent jamais des modèles d’unité dès le lendemain de leur accession à l’indépendance : le Soudan et L’Ethiopie. Tous deux ont fini par éclater, chacun en deux Etats vivant aujourd’hui l’un à coté de l’autre : le Soudan actuel et le Sud Soudan ; l’Ethiopie et l’Érythrée. C’était, souvenons-nous, l’aboutissement de deux guerres civiles fratricides qui ont scelé cette rupture.

La fièvre séparatiste a gagné le Golfe de Guinée. Les sécessionnistes des Southern Cameroons, constitués des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, d’expression anglaise, pensent que le moment est venu de rompre avec le régime de Yaoundé et de créer leur Etat : l’Ambazonie.

C’est un constat qu’il est aisé de faire aujourd’hui : les irrédentismes sont de retour dans le monde Sous la forme d’un phénomène de mode qui n’épargne que très peu de continents. Leurs motifs, essentiellement économiques,  s’expriment généralement par un mal-être ressenti par les mouvements séparatistes qui pensent généralement que leur quotidien serait meilleur s’ils prenaient en mains les destinées des populations dont ils prétendent défendre la cause. Des velléités perçues quelques années auparavant, l’on en est aujourd’hui à de véritables projets sécessionnistes,  expression du désir d’émancipation longtemps refoulé chez certains…

Risques de contagion

Au Moyen-Orient, c’est le cas en Irak avec la région autonome – depuis 2005 - du Kurdistan du Sud qui dit clairement aujourd’hui son désir de s’émanciper de Bagdad par l’organisation d’un référendum interdit par les autorités irakiennes qui ont tout de suites pris une batteries de mesures de rétorsion après le oui massif à l’indépendance des Kurdes irakiens obtenu lundi 02 octobre 2017, à près de 93 %, lors d’un scrutin rejeté à la fois par l’Irak et les autres pays voisins comptant des minorités kurdes, l’Iran, la Turquie et la Syrie.

En Espagne où le sentiment séparatiste est en nette progression. Le gouvernement central de Mariano Rajoy a dû prendre des mesures fortes pour empêcher les Catalans d’aller voter pour leur indépendance lors du référendum unilatéral organisé par  cette région. Celui-ci n’a pas pu se dérouler comme prévu le 1er octobre 2017 parce que jugé illégal par la Cour constitutionnelle espagnole. La crise a fini par déboucher sur des affrontements entre les forces de l’ordre espagnoles et les manifestants.

Au Cameroun, les sécessionnistes des Southern Cameroons, frustrés par le pouvoir de Yaoundé, ont décidé de proclamer unilatéralement leur indépendance vis-à-vis du reste du pays. Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en ébullition depuis le 22 septembre 2017 sont depuis lors installées dans un malaise qui tarde à s’estomper.

Au-delà de toutes les manifestations de ces crises, leur dénominateur commun est, pour beaucoup d’observateurs, la tentation des égoïsmes économiques, mesurable à la richesse potentielle ou déclarée des territoires convoités, traduite par conséquent par le désir de se séparer d’un pouvoir central trop pesant et peu partageur.

Problèmes de gouvernance

Et comme toujours, l’Afrique est devenue un terrain de prédilection pour ces robins des bois des temps modernes dopés par le ras-le-bol qu’induisent sous les tropiques les problèmes de gouvernance de nos Etats et exprimé par des populations çà et là.

Personne ne niera en effet qu’au Cameroun par exemple, les prétendus abus du pouvoir central sont en fait la mainmise totale –supposée ou réelle- que les sécessionnistes reprochent à l’Etat d’avoir sur les richesses de ces régions, particulièrement celle du Sud-Ouest comprenant la péninsule de Bakassi qui contient outre une importante réserve de pétrole, de l’or, du diamant, du magnésium, de l’uranium, du fer et de la bauxite ainsi que des produits halieutiques divers.

L’on apprend ainsi que les sécessionnistes ont d’ores signés d’importants contrats avec des firmes occidentales. A titre d’exemple, la firme canadienne, Kilimandjaro Capital Ltd, indique dans une déclaration publiée sur son site Internet qu’elle a signé le 1er novembre 2012 un contrat «exclusif» d’exploitation du pétrole et des minéraux avec «les autorités du Southern Cameroons». Donc bien longtemps avant la crise actuelle.

En Espagne, l’un des points d’achoppement des discussions entre Barcelone et Madrid repose sur la prétention des Catalans à obtenir les mêmes compétences fiscales dont bénéficie le Pays basque, qui lève ses propres impôts et ensuite négocie avec Madrid ce qu’il restitue à l’Etat. Ce que Madrid refuse. La Catalogne, rappelons-le, représente environ 20 % du PIB espagnol.

Des raisons essentiellement économiques donc. Le cas du Soudan du Sud aujourd’hui déchiré entre les forces loyales au président Salva Kiir et celles du vice-président Riek Machar, après s’être embrasé au lendemain de son indépendance, est là pour nous rappeler le danger d’une émancipation mal négociée.  Sans compter que beaucoup de mouvements, commandés par des velléités et des projets matérialistes, n’hésitant pas à pactiser avec le diable, font ainsi le jeu des puissances et firmes occidentales et des marchands de canons qui fleurissent sur le terreau des crises internes en Afrique. C’est à se demander si les richesses de l’Afrique ne sont pas devenues son propre malheur.

Jean Bosco SIMGBA