Cameroun/dossier spécial Fecafoot : L’illusion de la stabilité ?

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Après moult péripéties, la  FIFA a donc décidé de mettre Tombi A Roko - jusque-là Président- et son équipe à la tête de la Fédération camerounaise de football hors-jeu. Le nouveau comité de normalisation à peine installé, des voix discordantes s’élèvent déjà qui nous disent que la sérénité n’est peut-être pas encore pour demain à la Fecafoot.

Alors que les Camerounais n’avaient pas fini d’ergoter sur la capacité ou non du pays à organiser la Coupe d’Afrique des Nation (CAN) nouvelle formule (24 équipes au lieu de 16), le coup de pied de la Fédération Internationale de la Football Association (Fifa) dans la fourmilière de la direction nationale de notre sport-roi est venu leur faire l’effet d’une douche froide. Et même si beaucoup se seraient bien passé d’un autre feuilleton Fecafoot à cet instant précis, ils ont appris une fois de plus qu’en matière de football, la FIFA a toujours le dernier mot.  

Récapitulons tout de même. Mercredi 23 août, le bureau du Conseil de la Fédération Internationale de Football Association (Fifa) décide de nommer un comité de normalisation au sein de la Fecafoot. La décision, précise le communiqué de la  FIFA, est « liée à la confirmation par le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) du jugement de la Chambre de conciliation et d’arbitrage du Comité olympique et sportif du Cameroun », laquelle a annulé la procédure électorale ayant mené à l’élection en 2015 du comité exécutif de la Fecafoot, conduit par Tombi à Roko et contestée depuis lors par Abdouraman Hamadou, président de l’Etoile filante Football Club de Garoua, par ailleurs candidat malheureux à ladite élection.

Le  cahier de charge du comité est précis : gérer les affaires courantes de la Fecafoot ; élaborer de nouveaux statuts en conformité avec les statuts et standards de la Fifa ainsi qu’avec la législation nationale obligatoire en vigueur ; organiser les élections d’un nouveau comité exécutif de la Fecafoot. Autre précision : son mandat expirant au plus tard le 28 février 2018, le nouveau comité de normalisation de la Fecafoot devra être élu avant cette date-butoir.

Passons rapidement sur l’installation le 8 septembre 2017 du comité de la FIFA dirigé par Maitre Dieudonné Happi, 66 ans, avocat bien connu du barreau camerounais, pour dire voilà pour l’actualité récente de la maison Fecafoot qui n’a pas fini  de défrayer la chronique.

Une nouvelle ère ?

Mais qu’est-ce qui nous  garantit que cette fois sera la bonne et que l’on se rapproche enfin d’une nouvelle ère de stabilité au sein et autour de cet organisme ? Rien n’est moins sûr car le nouveau comité de normalisation à peine installé, quelques voix s’élèvent déjà qui pour récuser tel membre, qui d’autre pour appeler à la réhabilitation d’un précédent comité directeur à la Fecafoot…

Ainsi, Abdouraman, président de l’Etoile Filante Football Club de Garoua, auteur de la plainte qui a abouti à l’éviction de l’équipe de Tombi A Roko demande ni plus ni moins, le retour de l’équipe dirigeante élue par l’Assemblée générale élective de la Fédération camerounaise de football du 24 mai 2009 à Yaoundé, compétente et jusque-là légitime d’après lui. Ce d’autant que la Chambre de Conciliation et d’Arbitrage (CCA) du Comité National Olympique et Sportif du Cameroun avait invalidé en novembre 2015, l’ensemble du processus électoral organisé à la Fecafoot du 28 septembre au 28 octobre 2015 et qui a conduit a la mise en place de l’équipe aujourd’hui déchue.  

L’autre son de cloche vient Prosper Nkou Mvondo, enseignant de Droit à l’université de Ngaoundéré et autre belligérant du feuilleton Fecafoot, sous la bannière de président de Ngaoundéré university club. Il s’élève contre la désignation de Maitre Marcelle Denise Ambomo, vice-présidente du Comité de normalisation Fifa, qu’il connait bien pour avoir croisé le verbe avec elle il y a quelques années, au sujet de la Fecafoot justement.  L’avocate souligne-t-il, pour avoir jadis défendu la FECAFOOT dans des procès contre Nkou Mvondo, notamment lors des élections de 2009, n’aura pas suffisamment de recul. L’homme entend d’ailleurs saisir la Fifa par voie de correspondance pour décrier ce choix. Comme quoi, ce n’est pas fini…

Pour autant, que l’on s’en souvienne ! La désignation d’un comité de normalisation de la Fecafoot dirigé par le professeur émérite de droit, Joseph Owona avait été saluée, il y a quelques années, par tous les amoureux du football camerounais. La qualité des membres, ou disons-le sans détour, leurs CV et états de services ne souffraient d’aucune comparaison, du moins au plan local.

Même la demande de prorogation de leur mandat avait été vécue comme quelque chose de normal par de nombreux observateurs du football camerounais, étant donné l’ampleur des problèmes à résoudre. Et même si certaines mauvaises langues y ont vu d’autres intérêts notamment pécuniaires. Pour notre foot, ils ont fermé les yeux.

Le fric, le foot et les hommes

Qu’est-ce qui fait donc courir les gens à la tête de la Fecafoot ? Difficile de croire que c’est uniquement l’amour du ballon rond, tant les annales de notre sport-roi recèlent d’histoires plus ou moins rocambolesques sur les colossales sommes générées par le football, les appétits de certains acteurs et d’autres histoires cocasses tout autour.

L’ouvrage de Jean Lambert Nang,  « Desperate football house. Six mois dans l’enfer de la Fecafoot », parce qu’il donne une indication précieuse de ce qu’a toujours été la Fecafoot, demeure d’une brûlante actualité ; étonnante même dans un environnement où l’on parle de gouvernance, de lutte contre la corruption… Notre confrère a vécu le phénomène de l’intérieur en assumant, six mois durant, les fonctions de Directeur général au sein de cet organisme, à l’époque d’Iya Mohamed aujourd’hui incarcéré à la prison centrale de Kondengui.

  L’image qu’il utilise, celle du pantalon de Moriba tirée d’une lecture de la gamme des Mamadou et Bineta est d’ailleurs assez parlante. Celle-ci fait en effet référence à une pièce de tissu taillée à volonté par chaque nouvel arrivant. La Fecafoot ne serait donc pas éloignée d’une autre image : celle d’une grande caverne d’Ali baba où les hommes viennent  se servir à loisir. Normal dans ces conditions que notre fédé suscite tant d’appétits gourmands.

En attendant, dans les Etats-majors des anciens candidats et ceux qui n’entendent pas louper le coche lors des prochaines élections, rendez-vous est déjà pris dans les six prochains mois, en espérant que le comité rendra bel et bien sa copie. Son président, Dieudonné Happi  en a donné l’assurance en s’adressant en ces termes aux responsables de l’administration de la Fecafoot : « Sachons que nous n’avons pas droit à l’erreur. L’équipe qui vient se joindre à vous aujourd’hui, a, avec vous, une obligation de résultat.» (…) « Je ne voudrais pas entendre parler de prorogation ici. Vous avez des personnes devant vous qui vont abandonner leur travail pendant six mois.».

Jean Bosco SIMGBA