La transformation de la banane dessert au Cameroun : un impératif économique.

ECONOMIE
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Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la banane dessert est le 3ème produit d'exportation du Cameroun, derrière le pétrole, qui représente plus de 40% des exportations totales du pays, et le bois en grumes ou scié, qui représente environ 15% des exportations camerounaises.

Sur le plan local, l'activité est dominée par la société des Plantations du Haut Penja (PHP), filiale au Cameroun de la Compagnie fruitière de Marseille, le leader du marché de la banane dans le pays, qui a exporté 124 875 tonnes de bananes en 2016 contre 113 574 tonnes pour la Cameroon Development corporation (CDC), le troisième rang étant occupé par la société Boh plantations avec 11 161 tonnes.

Par ailleurs, selon des statistiques publiées par l'Association bananière du Cameroun (ASSOBACAM), les exportations qui étaient de 279 493 tonnes en 2015 ont été de 249 610 tonnes en 2016.

Voilà un segment de l’activité économique où, à la faveur des privatisations, l’Etat camerounais s’est volontairement mis hors course il y a quelques années. Il est nécessaire de souligner que ce secteur d’activité était maîtrisé par l’Etat camerounais jusqu’au début des années 90, à travers l’Office camerounais de la Banane (OCB), située à Penja dans le département du Mungo. L’activité de production de la banane « douce » impliquait alors directement de nombreux producteurs locaux autonomes. Avec l’avènement des privatisations survenues au début des années 90, les plantations de l’OCB ont été cédées à la Compagnie fruitière de Marseille, sous l’appellation, Plantations du Haut Penja (PHP) un groupe étranger. En dehors de la CDC dans laquelle l’Etat continue de détenir des actions, d’autres groupes se sont installés, à l’instar de l’américain Del Monte. Même si certains sources laisseraient sous entendre que des intérêts locaux y sont tapis, force est de constater qu’officiellement, l’exploitation de cette spéculation est largement détenue par le capital international. Les seules retombées locales se retrouvent dans les maigres salaires distribués à la main-d’œuvre, étant donné que l’essentiel des devises issues de la vente des 124 875 tonnes ne reviennent pas au Cameroun. Nous sommes dans ce cas de figure en plein comptoir colonial. On voit bien qu’avec l’OCB, le modèle était largement bénéfique pour le Cameroun.

Il faut souligner  par ailleurs que cette agriculture intensive ne va toujours pas sans dégâts notamment sur l’environnement, du fait de l’utilisation d’intrants chimiques. Les traitements s’effectuant par épandage aérien, ne vont pas toujours sans risques de santé sur les populations, la biodiversité et  l’écologie d’une manière générale.

L’un des arguments pour justifier la cession des entreprises d’Etat dans le cadre des privatisations était lié aux présumés transferts de technologies des acquéreurs ainsi que leur apports en financements extérieurs. Ce que l’on observe, c’est que, malgré un attelage institutionnel adéquat, concrétisé par la création des zones franches industrielles, des zones économiques, nonobstant les lois sur l’incitation à l’investissement et surtout à la volonté affichée par le gouvernement à promouvoir la transformation des produits locaux, l’on continue, non seulement à s’en contenter, mais à faire l’apologie de l’exportation des matières premières pour alimenter les industries occidentales. L’économie camerounaise reste confinée dans une posture d’économie de périphérie, servant de réservoir de matières premières, quand ce n’est pas simplement l’exploitation sauvage de sa force de travail.

La tendance aujourd’hui, étant à la recherche de solutions pour sortir du déficit chronique de notre commerce extérieur, l’on est tenté de se demander à quoi nous sert la banane dessert ? L’atténuation de la crise structurelle nécessitant la création de la valeur ajoutée à travers la transformation de à nos matières premières, la question devient donc inévitable : peut-on espérer voir la banane camerounaise, transformée un jour localement en jus, farine et alcool afin d’en accroître la valeur ?

Quelques sous produits de la banane dessert

 La bière de banane est réputée très nourrissante en vitamines B. Il en est de même pour sa farine et son jus. Les effets structurants sur le secteur de la santé, des emballages… et de la formation d’une main d’œuvre de qualité en termes d’ouvriers spécialisés et d’ingénieurs ne sont pas négligeables.

En ce qui concerne le commerce extérieur, l’industrialisation de ce secteur et la production aux normes européennes devrait trouver, avec la présence des Accords de Partenariat Economique (APE), un important marché. Pour apporter à notre économie les devises dont elle a tant besoin.

Joseph Marie Eloundou