Cameroun/Fuite des devises : Comment arrêter la saignée ?

ECONOMIE
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Le discours politique exerce une telle emprise sur notre société que cela devient franchement préoccupant. Nos économistes ont malheureusement déserté le chemin  de la réflexion économique, pour se perdre dans les méandres soporifiques de la politique politicienne. L’approche des échéances politiques de 2018, n’est pas là pour améliorer cet état de fait.

Nous le savons tous, le vrai problème du Cameroun et des autres Etats de la sous région CEMAC (Communauté Economique et Monétaire des Etats d’Afrique Centrale) c’est la mauvaise santé de leurs économies. En ce moment, la sous-région est pratiquement en cessation de paiement. Cela signifie qu’il lui manque les devises nécessaires à l’achat des biens, équipements, des machines-outils  permettant l’implémentation des politiques d’investissement annoncées et qui constituent l’épine dorsale des d’emplois, de croissance et de développement.

L’on sait également que ceci tient au fait que nous importons tout ce que nous consommons. De manière précise, l’on sait qui sont les importateurs ainsi que les exportateurs.

Les productions exportées sont majoritairement le fait d’entreprises étrangères, qui, il faut le souligner, ne sont pas là pour des raisons philanthropiques. Ce sont généralement les matières premières. Nous ne maîtrisons rien de ce qui se passe dans le pétrole, le bois, la banane etc. Même le cacao et le café de nos paysans sont maîtrisés par d’autres, leur prix étant fixés ailleurs, en dehors de tout calcul des coûts de production.

Le problème est donc d’abord celui d’une prise de conscience par tous, de la responsabilité collective face à cette situation qui nous affecte tous. Il conviendrait donc d’adopter, à divers niveaux, un comportement permettant d’arrêter la saignée notamment chez les consommateurs, les opérateurs économiques locaux et, bien sûr, l’Etat.

D’abord les consommateurs. Le comportement des consommateurs doit être désormais orienté par le patriotisme économique. L’on n’insistera jamais assez sur ce point : consommons prioritairement camerounais !

Ensuite les opérateurs économiques locaux, essentiellement orientés vers le secteur des services dont ils se contentent, hélas ! Tenez par exemple : rien que pour l’importation du riz et du poisson, le Cameroun a importé pour près de 350 milliards de FCFA, environ 700 millions de dollars et 533 millions d’euros. C’est autant de devises exportées. Ces grands importateurs devraient être astreints, de manière bénéfique pour le Cameroun, à explorer les secteurs de la production. A ce titre, deux comportements sont possibles. Ils devront insérer dans leurs réseaux de distribution des quotas de produits locaux.

C’est le cas  du riz camerounais, de loin de meilleure qualité. Des noms comme Yagoua, Foumbot, Ndop, la plaine des Mbo, sont évocateurs de ces localités et endroits où l’on produit du riz au Cameroun.

Dans le cas du poisson aussi, les opérateurs économiques locaux peuvent soutenir sa production à travers des commandes fermes. Les multiples barrages des grands projets énergétiques Lagdo, Bamendjim, Mbakaou, Song Lou Lou, Lom Pagar, Meve’ele, Nactchigal, Mekin sont des lieux par excellence de production abondante de poissons.

Enfin, l’Etat gagnerait à légiférer dans le sens de la fixation des quotas imposés aux importateurs de même que celui du financement direct par les banques des projets de transformation des produits du cru. Il doit également se constituer en caution pour faciliter le financement par les banques locales.

Joseph Marie Eloundou